Israël défie l’Iran sur de nouveaux fronts (Thierry Oberlé – Le Figaro)

L’État hébreu intensifie ses frappes non seulement en Syrie et à Gaza, mais aussi en Irak et au Liban.

Liban, Syrie, Irak, Gaza: Israël multiplie les frappes préventives ou de représailles contre les organisations proche-orientales liées à l’Iran. Un raid aérien a visé dans la nuit de dimanche à lundi dans l’est du Liban, près de la frontière syrienne, une base militaire présumée du Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP), un mouvement d’extrême gauche bien implanté dans les camps de réfugiés palestiniens de la région. Il intervient au lendemain des menaces lancées contre l’État hébreu par Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, dans le sillage d’une attaque au drone armé contre l’un de ses fiefs à Beyrouth, attribué par les autorités libanaises à Israël. Le président du Liban, Michel Aoun, a estimé lundi que cette opération constitue une «déclaration de guerre».

En Irak, c’est la force paramilitaire al-Hachd al-Chaabi, proche de Téhéran, qui a accusé Tsahal d’être à l’origine d’un assaut aérien ayant tué dimanche deux de ses combattants dans l’ouest du pays, toujours près de la frontière avec la Syrie.

Danger existentiel

Les raids israéliens contre les groupes irakiens pro-Iran placent le nouveau gouvernement de Bagdad, en quête de stabilité, dans une position délicate. Il est pris en tenaille entre l’influence de Téhéran et ses arrangements avec les États-Unis dans le cadre de la lutte contre l’État islamique. Des responsables américains anonymes ont récemment confirmé au New York Times qu’Israël avait déjà bombardé un site d’un mouvement armé turkmène pro-iranien en Irak le 19 juillet. D’autres attaques auraient également eu lieu au cours des dernières semaines.

L’Irak est pour Téhéran un point de passage obligé dans son déploiement vers la Syrie, où les gardiens de la révolution appuient le régime de Damas dans sa lutte contre une insurrection en déclin. Ce soutien lui a permis d’accéder à la Méditerranée et à la frontière israélienne dans le secteur clé du plateau du Golan. L’axe chiite relayé par le Hezbollah libanais est vécu comme un danger existentiel par Israël. Interrogé jeudi sur le sujet, le premier ministre Benyamin Nétanyahou a déclaré qu’il «n’accorde l’immunité à l’Iran nulle part». «Nous agissons dans de nombreux domaines contre un pays qui veut nous annihiler. Bien sûr que j’ai donné carte blanche aux forces de sécurité», a-t-il affirmé. Selon le commentateur politique Ben Caspit, Israël cherche à «empêcher l’établissement de bases capables de frapper Israël à partir du territoire irakien». «Israël est déterminé à empêcher l’Iran d’augmenter la portée de ses missiles balistiques tout en laissant une empreinte minimale. Un autre objectif est d’empêcher l’asphaltage d’un couloir de contrebande terrestre le long duquel des missiles et des armes peuvent être transportés de l’Iran vers les armureries du Hezbollah à Beyrouth», assure-t-il.

Les forces de défense israéliennes (FDI) n’ont pas communiqué sur ces opérations. Elles ont en revanche revendiqué haut et fort une intervention samedi soir en Syrie pour devancer, selon elles, une action de drones «kamikazes» contre son territoire.

Au sud, la situation n’est guère plus confortable. L’aviation israélienne a visé dans la nuit de dimanche à lundi des objectifs du Hamas dans la bande de Gaza en riposte au tir de trois roquettes palestiniennes. Les autorités israéliennes ont annoncé en punition la réduction de l’entrée de carburant pour la principale centrale électrique de la bande de Gaza. Les habitants de l’enclave ne devraient avoir de l’électricité que quatre heures par jour. Ces tensions frontalières s’accentuent alors que des élections législatives déterminantes pour l’avenir de Benyamin Nétanyahou vont se dérouler le 17 septembre.