Israël craint la fin de sa relation spéciale avec les États-Unis (Thierry Oberlé – Le Figaro)

Le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou s’attend à un retour de balancier sur plusieurs dossiers.

Après quatre années de traitement de faveur, Israël s’attend à subir le contrecoup de la fin d’une relation singulière. Donald Trump a offert à son complice Benyamin Nétanyahou tout ce qu’il pouvait espérer: la sortie de l’accord sur le nucléaire iranien, une ambassade américaine à Jérusalem, la reconnaissance de l’annexion du plateau du Golan, un soutien dans la politique d’expansion des colonies juives, l’oubli de la désignation de la Cisjordanie comme «occupée». Rarement un chef de gouvernement israélien n’avait été autant couvert de présents.

Le premier ministre israélien se prépare à un retour de balancier sur le dossier qui retient toute son attention, celui du nucléaire iranien. La volonté de Joe Biden de réintégrer le JCPoA (l’accord de Vienne de 2015) heurte doublement son credo. Pour Benyamin Nétanyahou, seul le rapport de force peut brider les ambitions iraniennes.

Le choix de l’option diplomatique prend à contre-pied le leader israélien, engagé dans une croisade contre le régime iranien, marquée par l’assassinat non revendiqué du scientifique Mohsen Fakhrizadeh, le 27 novembre. Il a pour conséquence de rétrograder son pays de la liste des priorités américaines, puisque la concertation avec les alliés au Proche-Orient des États-Unis n’apparaîtra qu’en second rideau de la nouvelle stratégie, et de réduire l’influence régionale du leader israélien qui n’est plus dans le sillage de la Maison-Blanche.

Le retour des divergences

Il en va de même pour la question israélo-palestinienne avec le retour des positions traditionnelles de l’Administration américaine. Joe Biden ne va pas remettre en question le transfert de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem, mais il va prôner un rééquilibrage en renouant les relations avec l’Autorité palestinienne (AP). Le consulat de Jérusalem-Est dédié aux Palestiniens devrait rouvrir, toute comme la représentation de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) à Washington alors que la contribution financière à l’UNRWA, l’agence onusienne en charge des réfugiés palestiniens, devrait être à nouveau financée.

«Globalement, on va revenir aux limites imposées par les Administrations précédentes sur les constructions massives» de colonies en Cisjordanie occupée, estime un ancien diplomate israélien. Au point mort, les négociations directes avec l’AP pourraient reprendre. Sans le moindre enthousiasme. Elles ont été évoquées, jeudi, lors d’une rare rencontre sur la frontière commune entre les ministres israélien et jordanien des Affaires étrangères.

«Le dilemme va se reposer: négocier quoi et avec qui?» note l’ex-diplomate. «On ne voit pas se dégager d’idées innovantes, et Biden ne commettra pas d’erreurs de débutant. Il ne pensera pas, contrairement à ses prédécesseurs, qu’il a la solution. Quatre années ont passé depuis Obama et comme dit le proverbe, “On ne se baigne jamais dans la même eau de la rivière”. La question palestinienne n’avance pas, alors que le Proche-Orient évolue. Les pays arabes ne mettent plus la même pression sur un processus de paix, car ils ont d’autres priorités. Et la nouvelle Administration américaine ne devrait pas placer le règlement du conflit israélo-palestinien en tête de son agenda», prédit-il.

Benyamin Nétanyahou se rassure en se targuant d’entretenir une amitié de près quarante ans avec un président issu de la vieille école démocrate. Le leader israélien juge «viscéral» l’attachement de Joe Biden à l’État hébreu et le considère, selon ses mots, comme un membre de la «mishpucha», la famille en yiddish. Après la parenthèse de l’ère Trump, derrière les louanges, le temps des divergences entre alliés est revenu.