En Israël, la coalition d’opposition se divise à trois mois des législatives (Claire Bastier – Le Monde)

Le risque d’un morcellement inquiète aussi la droite, plusieurs partis ayant annoncé qu’ils ne s’allieraient cette fois pas avec le Likoud de Benyamin Nétanyahou.

En Israël, la campagne électorale vient de commencer. Et déjà, depuis la décision prise par le gouvernement, le 24 décembre 2018, de dissoudre la Knesset (le Parlement israélien) et de convoquer des élections législatives anticipées le 9 avril, les coups de théâtre se succèdent. Mardi 1er janvier, Avi Gabbay, le chef du Parti travailliste, a annoncé la dissolution de l’Union sioniste, mettant brusquement fin au partenariat avec la chef de l’opposition à la Knesset, Tzipi Livni. La principale coalition de gauche disparaît ainsi à moins de quatre mois du scrutin.

« J’ai espéré et cru que le partenariat pourrait nous permettre de nous développer et de créer une véritable union (…). Les gens ont vu que ce n’était pas le cas et se sont éloignés », a expliqué Avi Gabbay aux députés de l’Union sioniste, en présence de Tzipi Livni. Issue d’une alliance entre les travaillistes et le parti Hatnuah, fondé par Mme Livni en 2013, l’Union sioniste s’était imposée, aux élections de 2015, comme le principal concurrent du Likoud, le parti de droite du premier ministre Benyamin Nétanyahou : elle avait obtenu 24 sièges à la Knesset (sur 120). Dans la perspective du 9 avril, les derniers sondages ne lui en attribuent que huit ou neuf.

Pour néanmoins rester en course, Avi Gabbay, qui est à la tête des travaillistes depuis juillet 2017, aurait voulu s’en tenir à son seul parti. « La décision [du 1er janvier] amorce un changement radical, mais c’est aussi une opportunité,explique au Monde Eran Hermoni, secrétaire général du Parti travailliste. Nous allons mener la campagne sous notre drapeau et avec nos valeurs sociales-démocrates, pour que nos électeurs s’y retrouvent. »

Plus tard dans la journée, Tzipi Livni a également reconnu qu’il « n’y a jamais eu de partenariat réel » avec Avi Gabbay. Désormais mise à l’écart, puisqu’elle n’est plus chef de l’opposition, elle a néanmoins promis de se « concentrer sur les élections ». A l’annonce du scrutin anticipé, le 24 décembre 2018, elle avait demandé aux chefs de partis de l’opposition de « mettre leur ego de côté »pendant la campagne : « Le seul moyen de remporter les élections est d’unir nos forces », avait-elle rappelé.

Abaisser le seuil électoral

Ce dernier développement contribue plutôt à la fragmentation du centre gauche, qui compte déjà Yesh Atid ainsi que des partis tout juste créés, comme Gesher ou Hossen LeIsrael. Un tel morcellement contribuera à la victoire de la droite et du Likoud, avancent les commentateurs. A moins que, d’ici au 21 février, date d’enregistrement des listes électorales auprès du Comité central des élections, une stratégie d’alliances ne se mette finalement en place au sein de l’opposition.

En visite officielle au Brésil pour l’investiture du président Jair Bolsonaro, le premier ministre israélien n’a pas voulu commenter l’épisode du 1er janvier et « le partage des voix au sein de la gauche » : « Ce qui compte pour moi est que la droite forme le prochain gouvernement et pour cela, il faut voter pour le Likoud »,a-t-il indiqué. L’inquiétude monte au sein de son parti après l’annonce surprise de Naftali Bennett, le ministre de l’éducation, et d’Ayelet Shaked, la ministre de la justice, le 29 décembre 2018, de quitter leur parti religieux nationaliste du Foyer juif pour fonder celui de « La Nouvelle Droite », qui rassemblera des électeurs juifs laïcs et des religieux.

Le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, le 1er janvier 2019 à Brasilia.
Le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, le 1er janvier 2019 à Brasilia. Raimundo Pacco / AP

Le risque d’un morcellement guette donc aussi la droite. « Le premier ministre craint surtout que les petits partis ne dépassent pas le seuil électoral, ce qui briserait le bloc de droite », avance Eli Hazan, directeur des affaires étrangères au sein du Likoud. Son parti entend donc abaisser le seuil électoral, établi à 3,25 % des voix, par un vote à la Knesset, avant le 9 avril.

Tous les récents sondages donnent cependant le Likoud vainqueur des élections (avec 29 ou 30 sièges), ce qui lui permettrait de former le prochain gouvernement. Koulanou et Israël Beitenou, le parti de l’ex-ministre de la défense Avigdor Lieberman, ont déjà annoncé qu’ils ne s’allieraient pas, cette fois, avec le Likoud. Contrairement aux promesses du premier ministre la semaine dernière, « la coalition du prochain gouvernement de M. Nétanyahou devra être différente, admet Eli Hazan. Nous savons que Benyamin Nétanyahou est le meilleur candidat, mais nous ne pouvons rien dire de la future Knesset ».

L’élément crucial de la campagne reste la décision que prendra le procureur général, Avichai Mandelblit, sur les trois affaires pour lesquels le chef du gouvernement pourrait être inculpé pour « corruption », à la suite d’une recommandation de la police en ce sens. La date n’est toujours pas connue : M. Mandelblit pourrait se prononcer avant ou après le scrutin. Lundi, M. Nétanyahou a indiqué qu’il ne démissionnerait pas si le procureur général le convoquait pour une audition « avant les élections ».