Israël, champion du monde de la vaccination contre le Covid (Marc Henry – Le Figaro)

DÉCRYPTAGE – En trois semaines, les trois quarts des plus de 60 ans ont déjà reçu une première dose.

«Retour à la vie»: tel est le nom de code pour l’opération menée tambour battant par Israël contre le Covid-19. Les premiers résultats de cette offensive éclair sont spectaculaires. En moins de trois semaines, 1,7 million d’Israéliens de plus de 60 ans, soit près des trois quarts des personnes de cette catégorie d’âge, ainsi que le personnel soignant ont reçu une première injection du vaccin de la firme américaine Pfizer.

Rapportés à la population de ce petit pays, ces résultats constituent un record mondial. Mieux encore: Benyamin Nétanyahou, le premier ministre proclame que «s’il n’y a pas de surprise», la quasi-totalité des adultes aura été vaccinée d’ici à fin mars grâce à la livraison d’un total de 12 millions de doses de Pfizer et de Moderna, l’autre groupe pharmaceutique américain, qui doit commencer à fournir des doses de vaccin dans les prochains jours.

Plusieurs facteurs logistiques et une mobilisation générale expliquent ce «miracle». Les quatre caisses d’assurance-maladie auxquels tous les Israéliens de plus de 18 ans sont obligatoirement affiliés, ainsi que les hôpitaux ont ouvert plus de 350 centres de vaccination. Concrètement, les heureux élus ont reçu des convocations sur leur téléphone portable précisant le jour et l’heure de leur première piqûre afin d’éviter une ruée incontrôlable.

Une fois sur place, ils reçoivent leur injection. Toute la procédure ne dure que quelques minutes. Il leur est ensuite conseillé de s’asseoir pendant un quart d’heure pour vérifier que tout va bien. Pour le moment, les effets secondaires, tels des accès de fatigue, des vertiges, des maux de tête ou des douleurs à l’épaule vaccinée nécessitant des soins sont très rares, environ un pour mille. Les nouveaux vaccinés reçoivent ensuite un nouveau message leur donnant rendez-vous pour la deuxième injection prévue trois semaines plus tard.

Selon des experts, le premier vaccin offre une immunité d’au moins 50% au bout d’une dizaine de jours. Pour atteindre le niveau de 95% évoqué par Pfizer il faut attendre une semaine après la deuxième dose, censée renforcer la réponse du système immunitaire au virus. Au total la procédure dure donc environ un mois.

La vaccination est volontaire. Mais ceux qui acceptent de jouer le jeu recevront un certificat de bonne conduite sous forme d’un « passeport vert » émis par le ministère de la Santé.

Détail important: la vaccination est volontaire. Mais ceux qui acceptent de jouer le jeu recevront un certificat de bonne conduite sous forme d’un «passeport vert» émis par le ministère de la Santé. Ce précieux document permettra à leurs détenteurs de fréquenter les restaurants et salles de spectacles lorsqu’ils seront rouverts et d’éviter une quarantaine de 10 à 14 jours imposée aux Israéliens revenant de l’étranger.

Les moins de 60 ans ne pourront pas profiter d’une telle aubaine avant quelques semaines le temps de regarnir les stocks de vaccins Pfizer et de prendre livraison la semaine prochaine d’une première commande de 100.000 doses auprès de Moderna.

Départ en fanfare

Ce départ en fanfare s’explique aussi par la brusque recrudescence du fléau qui a fait 3565 morts et plus de 7000 personnes contaminées par jour. Résultat: une véritable course s’est engagée au point que le gouvernement a imposé vendredi un troisième confinement général de deux semaines avec la fermeture des écoles et d’une bonne partie des lieux de travail.

C’est d’ailleurs pour se préparer à cette flambée que le gouvernement a mis la main à la poche. Israël aurait accepté, selon les médias, de surpayer les vaccins 40% plus cher afin d’être certain de disposer de stocks suffisants. Les «mentalités» jouent aussi un rôle essentiel. La très grande majorité des Israéliens éprouvent beaucoup moins de réticences que les Français par exemple à servir de «cobayes» pour de nouveaux vaccins en estimant qu’entre deux maux, il faut choisir le moindre.

Benyamin Nétanyahou a lui-même reconnu avoir conclu un accord avec Pfizer. En échange de données sur l’efficacité réelle du vaccin et de possibles effets secondaires à terme, la firme américaine compte se servir d’Israël comme d’un «modèle», un argument commercial qui pourrait être ensuite utilisé dans d’autres pays.

L’approche des élections législatives, le 23 mars, a également joué selon les commentateurs. Échaudé par la défaite de Donald Trump, due en partie à sa gestion désastreuse de l’épidémie, Benyamin Nétanyahou veut à tout prix se présenter comme le tombeur du virus.