Israël aurait bombardé des cibles iraniennes en Irak (Thierry Oberlé – Le Figaro)

La «stratégie d’endiguement» israélienne vise à empêcher l’Iran et ses alliés de s’établir durablement dans la Syrie d’après-guerre.

Israël aurait franchi un nouveau cap dans la «stratégie d’endiguement» de son ennemi iranien en bombardant des cibles en Irak, un pays où son aviation n’est pas intervenue depuis le raid sur le réacteur nucléaire d’Osirak en 1981. Selon le quotidien arabe Asharq al-Awsat, proche du royaume saoudien, Israël a mené deux frappes en l’espace de deux semaines contre des centres de transit d’armes contrôlés par des milices irakiennes soutenues politiquement et financièrement par Téhéran.

La première a visé le 19 juillet une base d’une brigade turkmène d’al-Hachd al-Chaabi(Forces de mobilisation populaires, chiites) dans la région d’Amerli. L’attaque a tout d’abord été attribuée à un drone américain dans cet espace aérien surveillé par le Centcom, le centre de commandement responsable des opérations militaires des États-Unis au Moyen-Orient. Le Pentagone a nié toute implication tandis qu’Israël observait un mutisme complet sur l’opération. Dans une récente déclaration, le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, avait cependant indiqué que les chasseurs furtifs F-35 pouvaient frapper «n’importe où au Moyen-Orient». «L’armée israélienne est la seule armée dans le monde qui combatte l’Iran», avait-il affirmé. Son ministre de la Coopération régionale, Tzachi Hanegbi, avait surenchéri en affirmant la semaine dernière sur un ton provocateur qu’Israël «tuait des Iraniens».

La seconde frappe aurait touché, dimanche, le camp Ashraf, l’ancien quartier général de l’organisation d’opposants des Moudjahidins du peuple de l’Iran, situé au nord-est de Bagdad et proche de la frontière iranienne, devenu une base des milices irakiennes pro-Téhéran. À en croire Asharq al-Awsat, elle visait des conseillers militaires iraniens et une cargaison de missiles balistiques.

Le territoire irakien où Téhéran dispose de relais paramilitaires est une zone de passage pour le matériel de guerre à destination de la Syrie

Le territoire irakien où Téhéran dispose de relais paramilitaires est une zone de passage pour le matériel de guerre à destination de la Syrie. Le soutien iranien au régime de Damas a été déterminant dans les succès du président Bachar el-Assad face à son opposition armée. Il a donné à Téhéran une profondeur stratégique inédite. Tsahal a reconnu avoir mené des centaines de frappes aériennes en Syrie ces dernières années pour contrecarrer cette pénétration. Et Benyamin Nétanyahou a affirmé, à plusieurs reprises, qu’il empêchera l’Iran et ses alliés chiites d’établir une présence permanente dans la Syrie d’après-guerre. «Si Israël est effectivement derrière l’a, il est bon qu’il reste silencieux. Israël ne peut pas se permettre d’arrêter de frapper des cibles iraniennes destinées à ouvrir de nouveaux fronts contre lui, que ce soit sur le plateau du Golan syrien ou en Irak», commente l’analyste israélien Yoni Ben Menachem.

La crainte des Israéliens est de voir s’enraciner sur le territoire syrien, aux portes de l’État hébreu, des groupes armés susceptibles de le menacer en cas de nouvelle déflagration régionale. Le 22 juillet, un chef de milice druze lié au Hezbollah aurait été abattu en territoire syrien sur le plateau du Golan. Selon les médias syriens, Zidan Mashour était au volant de sa voiture près de la ville de Quneitra lorsque son véhicule a explosé. L’homme a été présenté sous les traits d’un activiste clé d’une opération secrète du Hezbollah visant à établir un réseau de combattants le long de la frontière israélienne. Des avions non identifiés ont également bombardé Tel al-Hara, une colline surplombant Israël.

 «L’Iran et la Force al-Qods des gardiens de la révolution ont commencé à exploiter davantage les chaînes maritimes civiles, et spécifiquement le port de Beyrouth»

Danny Danon, représentant israélien à l’ONU

Mouvement avant tout libanais, la milice chiite, qui a son propre agenda, ne semble pas à la recherche d’une confrontation immédiate. Elle est toutefois accusée par les services de renseignements israéliens d’utiliser le port de Beyrouth pour s’équiper en armes. «L’Iran et la Force al-Qods des gardiens de la révolution ont commencé à exploiter davantage les chaînes maritimes civiles, et spécifiquement le port de Beyrouth. Le port de Beyrouth est devenu le port du Hezbollah», a prévenu mardi dernier, dans un discours prononcé devant le Conseil de sécurité des Nations unies, le représentant israélien à l’ONU, Danny Danon.

Le Liban a répliqué en expliquant que ces «allégations préparent le terrain et la communauté internationale à une attaque contre le port et l’aéroport civils du Liban et contre son infrastructure». L’escalade reste pour l’instant purement verbale alors que le dialogue sur la question du nucléaire iranien n’est pas rompu et qu’Israël s’apprête à entrer en campagne électorale en vue des législatives du 17 septembre.