Israël : accès de fièvre autour de l'ambassade américaine

Par Le Figaro – Cyrille Louis

Les Palestiniens mettent en garde contre les conséquences d’un transfert de la représentation américaine de Tel-Aviv à Jérusalem.

De notre correspondant à Jérusalem

Les dirigeants palestiniens, qui ont d’abord hésité à prendre au sérieux la promesse faite par Donald Trump de transférer l’ambassade américaine de Jérusalem à Tel-Aviv, haussent le ton à l’approche de son investiture. Mohammed Shtayyeh, haut responsable de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine), a appelé les mosquées de la région à consacrer leur sermon du vendredi à cette menace. «Non seulement, ce geste priverait les États-Unis de toute légitimité à jouer un rôle dans la résolution du conflit, mais il réduirait à néant la solution à deux États», a prévenu le président Mahmoud Abbas, dans un entretien écrit accordé au Figaro, à l’approche de la conférence internationale de Paris. Il a ajouté: «Revenir sur notre reconnaissance de l’État d’Israël est l’une des options qui s’offriraient alors à nous.»

L’inertie des grands pays arabes, dont les dirigeants hésitent à croiser le fer avec Donald Trump, inquiète l’Autorité palestinienne. La Jordanie, pourtant gardienne des Lieux saints islamiques de Jérusalem, s’est contentée de protester par la voix de son ministre de la Communication, Mohammed al-Momani, qui a mis en garde contre «des conséquences catastrophiques» sans préciser sa pensée. Quant à l’Égypte et à l’Arabie saoudite, elles se taisent pour l’heure. «Sans doute les dirigeants de ces pays considèrent-ils qu’ils ont trop intérêt à trouver un terrain d’entente avec le nouveau président américain pour risquer de compromettre cette relation», interprète Ofer Zalzberg, analyste à International Crisis Group.


Un casse-tête pour Washington
Une large partie du personnel politique israélien est favorable au déménagement de l’ambassade, considérant qu’il n’ajouterait rien au fait accompli créé par l’occupation de Jérusalem-Est et le bureau du premier ministre sont situés dans la partie occidentale de la ville sainte, où les diplomates en poste à Tel-Aviv se déplacent régulièrement pour leurs entretiens. «Mais le transfert de l’ambassade, même si elle est implantée à Jérusalem-Ouest, marquerait un revirement historique de la politique américaine qui, en vertu d’un consensus international, appelle à trancher le statut de la ville dans le cadre de négociations, s’inquiète Daniel Seidemann,
directeur de l’ONG Jérusalem terrestre. Il ne manquerait pas d’être interprété comme une reconnaissance des revendications israéliennes sur la “Jérusalem unifiée”, et comme un déni de l’occupation de sa partie orientale».

Lors de sa désignation, le prochain ambassadeur américain auprès d’Israël, David Friedman, s’est dit «impatient» de prendre ses fonctions «à Jérusalem, capitale éternelle de l’État». Le Congrès américain a voté en 1995 une loi imposant le transfert de l’ambassade, mais les présidents successifs ont jusqu’à présent sursis par décret à son application. «En l’absence de pression régionale, toute la question est de savoir si les Palestiniens parviendront à dissuader Donald Trump d’agir sitôt installé à la Maison-Blanche», dit Ofer Zalzberg. Ils ont, ces derniers jours, menacé à mi-voix de relancer leur campagne d’adhésion aux grandes institutions internationales. «L’affaire pourrait alors virer au casse-tête pour l’Administration américaine, qui hésitera sans doute à couper les ponts avec le Fonds monétaire international pour le punir d’avoir ouvert ses portes aux Palestiniens», prédit Daniel Seidemann.