Israël, 70 ans: les défis d’une nation au destin singulier

Israël a fêté mercredi son 70e anniversaire après s’être recueilli lors du Jour du souvenir (Yom Hazikaron), pour honorer la mémoire des soldats tués au service et des civils victimes du terrorisme. Pour le Premier ministre israélien, cet anniversaire permet de célébrer le « miracle » de son existence, sa force militaire, la prospérité de la « nation start-up » et son modèle démocratique.

En effet, avec près de 9 millions d’habitants, la population a décuplé. Depuis l’indépendance de l’Etat d’Israël et à travers ses choix politiques et industriels, c’est l’audace, la détermination et la prise de risques qui ont façonné l’histoire du pays et qui expliquent les raisons de ce succès économique. Au quatrième trimestre 2017, la croissance s’est affichée à 4,1%, tandis que le pays revendique une douzaine de prix Nobel. Au bord de la faillite dans les années 80, l’Etat hébreu affiche un niveau de vie comparable à la France et un taux de chômage historiquement bas, tombé à 3,7 % en janvier. Son expertise cybernétique s’exporte partout dans le monde, et surtout dans la Silicon Valley américaine. La dette a fondu en même temps que l’idée d’un d’Etat-providence. Israël est parvenu à préserver son économie du conflit avec ses voisins arabes et à accueillir toujours plus de touristes sur son territoire (3,5 millions en 2017). Enfin, le commerce florissant avec l’Inde, l’Afrique et nombre de pays asiatiques, le rapprochement avec les puissances sunnites contre l’Iran, ont consolidé une « normalisation » diplomatique. Aujourd’hui, 158 pays entretiennent des relations avec Israël.

Face à ces atouts économiques et à des alliances géostratégiques consolidées, Israël doit cependant faire face à de nombreux défis sécuritaires. Lors d’une cérémonie à Jérusalem, Benyamin Netanyahu a salué ce qu’il a appelé les « vrais germes de la paix » qui commencent à pousser parmi certains pays arabes. Sans donner plus de détails, il a évoqué des signes de réchauffement avec Ryad, agitant à nouveau le spectre d’une attaque de l’Iran.

Depuis le début de la guerre en Syrie en 2011, des dizaines de frappes à distance sont attribuées à Israël, qui se garde généralement de les confirmer ou de les démentir. Elles visent des positions syriennes et des convois d’armes au Hezbollah libanais, qui comme l’Iran et la Russie, aide militairement le régime Assad.

Les journaux israéliens ont publié mercredi des photos satellite de bases aériennes et d’appareils civils soupçonnés de décharger des armes, des cartes et des noms de responsables militaires iraniens qui témoignent de la présence des Gardiens de la révolution en Syrie. Cette publication constitue un avertissement, attestant qu’Israël sait où et qui frapper en cas d’attaque. Le ministre de la Défense Avigdor Lieberman a ainsi déclaré: « Nous ne cherchons pas l’aventure », mais « je conseille à nos voisins au nord (Liban et Syrie) et au sud (bande de Gaza) de tenir sérieusement compte » de la détermination à défendre Israël.

Docteur en science politique, spécialiste du Proche-Orient et des questions de Défense, Sarah Perez est chercheur et consultante risque-pays. Elle est l'auteur de Iran-Israël: une guerre technologique, Les coulisses d'un conflit invisible.