Iran : Nétanyahou veut attirer Macron dans sa croisade (Georges Malbrunot – Le Figaro)

En recevant le leader israélien, qui prône « une coalition militaire » anti-Iran, le chef de l’État a appelé Tel-Aviv à la retenue.

«L’Iran et l’Iran!» Après la chancelière allemande Angela Merkel, lundi, c’est auprès d’Emmanuel Macron que Benyamin Nétanyahou est venu prôner un «durcissement» de la position européenne face à Téhéran. Mais si Paris – comme Berlin et Londres, où se rend mercredi le premier ministre israélien – partage le même «diagnostic» sur les dangers de la politique iranienne au Moyen-Orient, de sérieuses divergences existent sur les moyens d’y remédier. Et d’abord sur l’après accord nucléaire (JCPOA) que Donald Trump, grand allié de Nétanyahou, a annulé, il y a un mois.

L’État hébreu, qui considère la République islamique comme «une menace directe» à sa sécurité, n’a eu de cesse de critiquer l’accord de 2015 sur le programme nucléaire iranien. La France, et les autres pays signataires (Chine, Russie, Royaume-Uni et Allemagne) tentent au contraire de préserver ce texte et de convaincre Téhéran de rester dans ce cadre, seul à même, selon eux, d’empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire. Macron a demandé à Nétanyahou, d’après un proche du chef de l’État, «de (lui) expliquer comment il voit la suite» de cet accord que Téhéran – contrairement à ce qu’affirment Israël et les États-Unis – a respecté.

Pour apaiser son hôte israélien, le chef de l’État a répété que Paris voulait compléter l’accord nucléaire par «trois accords ou cadres stratégiques» sur les activités balistiques de l’Iran et le rôle de Téhéran au Moyen-Orient. Mais la fin de non-recevoir, opposée à la veille de la rencontre Nétanyahou-Macron par le numéro un du régime iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, n’a pas aidé Macron dans son exercice de persuasion vis-à-vis du chef du gouvernement israélien.

Éviter le scénario cauchemar

Face à l’urgence qu’il y a à traiter l’après-JCPOA, Paris et Tel-Aviv cherchent tous les deux à mobiliser, mais pas dans la même direction.

Face à l’urgence qu’il y a à traiter l’après-JCPOA, Paris et Tel-Aviv cherchent tous les deux à mobiliser, mais pas dans la même direction. Si, avec les Européens, Macron veut engager les Iraniens dans un élargissement de l’accord nucléaire, l’État hébreu réclame, de son côté, «une coalition armée» contre l’Iran, si celui-ci se désengage à son tour de l’accord, et se mettait à enrichir l’uranium à des fins militaires. Ce qui n’est pas encore le cas, malgré l’annonce, à ce sujet, du guide suprême (voir ci-dessous).

Sur l’implantation de Téhéran ou de ses alliés comme le Hezbollah, en Syrie, Macron reconnaît que cette présence à la frontière nord de l’État hébreu constitue «une menace pour la sécurité régionale». Mais là où Paris prône le dialogue avec Téhéran, «Israël a une position beaucoup plus directe», regrette-t-on à l’Élysée, où l’on rappelle que «Nétanyahou a indiqué à plusieurs reprises (avant leur entretien, NDLR) que dès que cette menace deviendrait trop réelle contre Israël, Israël agirait, et il y a eu des actions menées ces derniers mois dans ce cadre-là». Une allusion aux attaques meurtrières contre des positions iraniennes en Syrie.

Devant Macron, Nétanyahou a évoqué «des moyens de bloquer les aspirations nucléaires et l’expansion iranienne au Moyen-Orient». Que ferait la France en cas d’attaque israélienne contre un site nucléaire iranien? Pourrait-elle condamner une telle attaque? C’est pour éviter ce genre de cauchemar qu’Emmanuel Macron cherche à calmer le jeu. Mais face au chef de l’État qui a lancé «un appel à la retenue», son hôte israélien a voulu, au contraire, l’attirer dans une croisade anti-iranienne, derrière Trump et les dirigeants saoudiens et émiriens. Une véritable obsession pour le chevronné chef du gouvernement israélien: l’ancien chef des services secrets de l’État hébreu, Tamir Pardo, a révélé la semaine dernière qu’en 2011, «Bibi» lui avait ordonné, ainsi qu’au chef d’état-major de Tsahal, de préparer dans les 15 jours une attaque contre l’Iran, qui n’a finalement pas eu lieu.


Ali Khamenei exclut toute concession sur les missiles

« C’est un rêve qui ne se réalisera pas »

Ali Khamenei à la télévision en parlant de la «limitation» du développement des missiles balistiques

Dans un discours à la télévision, le guide suprême et numéro un du régime iranien, Ali Khamenei, a catégoriquement exclu toute «limitation» du développement des missiles balistiques, comme le réclament les pays européens, qui cherchent à sauver l’accord nucléaire de 2015. «C’est un rêve qui ne se réalisera pas», a martelé lundi Ali Khamenei. Accusant les États-Unis de «mener une guerre économique et psychologique» contre Téhéran parce qu’ils ne veulent pas «d’un Iran indépendant dans la région», l’ayatollah Khamenei a prévenu que son pays «attaquerait dix fois plus s’il est attaqué».

«Nous allons continuer de soutenir les nations opprimées», a-t-il ajouté, appelant «la jeunesse arabe à agir […] pour prendre le contrôle de son avenir». Dans son discours, le leader iranien a également appelé l’Organisation iranienne à l’énergie atomique (OIEA) à «se préparer rapidement»à augmenter sa capacité de production d’uranium enrichi. Peu après, Ali Akbar Salehi, qui dirige l’OIEA, déclarait mardi que Téhéran avait notifié à l’Agence internationale à l’énergie atomique la mise en route d’un plan pour augmenter sa capacité à enrichir l’uranium en accroissant le nombre de ses centrifugeuses. «Ce que nous faisons ne viole pas l’accord» de 2015, a précisé Salehi. (REUTERS)