Iran : Mahmoud Ahmadinejad se porte candidat à la présidentielle

Le Figaro – par Georges Malbrunot

L’ancien président ultraconservateur a créé la surprise en déposant sa candidature à l’élection présidentielle du 19 mai. Un défi au guide suprême Ali Khamenei.


Provocation? Ou réelle volonté de se présenter de nouveau au suffrage des Iraniens? Contre toute attente, l’ex-président de la République, Mahmoud Ahmadinejad, s’est porté candidat mercredi à la présidentielle du 19 mai. Officiellement, a-t-il expliqué aux journalistes, Ahmadinejad entend «soutenir la candidature» de son ex-vice- président Hamid Baghaie, qui s’est également enregistré mercredi.

En septembre dernier, l’ancien président populiste avait pourtant annoncé qu’il ne serait pas candidat, le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, l’ayant dissuadé de l’être. Le numéro un du régime se souvient des tensions qui avaient fini par naître avec son président – qui est peu ou prou le premier ministre dans notre Vème République – notamment à la fin de ses deux mandats (2005-2013), marqués par une gestion économique désastreuse. Mais l’imprévisible Ahmadinejad n’en est plus à une contradiction prés. «Le guide suprême m’a conseillé de ne pas participer à l’élection et j’ai accepté (…). Je respecte ma parole. Mon enregistrement vise simplement à soutenir la candidature de mon frère Hamid Baghaie», s’est-il justifié immédiatement après son enregistrement. En juin 2015, M. Baghaie avait été arrêté, puis emprisonné sept mois, avant d’être remis en liberté, sans que l’on connaisse les motifs de son incarcération.


Une certaine popularité

Cette candidature surprise d’Ahmadinejad sera probablement perçue comme un défi lancé à l’ayatollah Khamenei. Elle doit encore être validée par le Conseil des gardiens de la Constitution, sorte de conseil constitutionnel qui vérifie la fidélité des candidats aux idéaux révolutionnaires. C’est là où Ali Khamenei peut exercer son influence pour que Mahmoud Ahmadinejad soit recalé. Ce qui semble faire peu de doutes. Le Conseil a jusqu’au 27 avril pour statuer, sachant que tous les Iraniens peuvent se porter candidat à la présidentielle. «Mais comment disqualifier Ahmadinejad?», se demande un intellectuel, interrogé au téléphone à Téhéran. «Le Conseil des gardiens ne peut pas simplement dire qu’il suit le conseil du guide. Il doit trouver un argument solide, et pas du genre:  »la candidature Ahmadinejad n’est pas conforme à la République islamique » puisqu’il a été deux fois son président». 

Si Mahmoud Ahmadinejad garde une certaine popularité auprès des classes déshéritées, sa gestion populiste , qui s’est traduite par une inflation record, est régulièrement dénoncée par de très nombreux Iraniens, y compris dans le camp conservateur, qui l’avait pourtant soutenu en 2005 et 2009 lors de ses deux victoires.

En 2009, sa réélection – truquée, mais soutenue par le guide – avait conduit des centaines de milliers d’Iraniens à descendre dans les rues à Téhéran notamment, faisant vaciller, pendant quelques jours le régime. Ce dont Ali Khamenei doit se souvenir aujourd’hui.

Succédant à Mahmoud Ahmadinejad en 2013, le président Hassan Rohani, un modéré, devrait être candidat à sa propre succession. Il fait figure de favori, face à un camp conservateur, affaibli.