Iran, Liban, Syrie : Israel au milieu d’un jeu de guerre ?

Mardi 10 octobre, alors qu’il s’exprimait devant les troupes israéliennes à Tel-Aviv, le ministre de la Défense Avigdor Lieberman a déclaré : « Lors de la prochaine guerre au nord du pays, le Liban ne constituera pas le seul front. Il n’y a désormais plus qu’un seul front nord composé du Liban, de la Syrie, du Hezbollah, du régime de Bachar al-Assad et de tous ceux qui aident son régime. » Il a par ailleurs évoqué le scénario d’un affrontement simultané dans le nord et dans le sud d’Israël, avec, d’une part, le Hezbollah, et, d’autre part, le Hamas au pouvoir dans la bande de Gaza. « La bataille se déroulera sur les fronts Nord et Sud. Il n’y a plus de guerre sur un seul front, c’est notre hypothèse de base et c’est ce à quoi notre armée se prépare. (…) Cela pourrait arriver d’un instant à l’autre, entre aujourd’hui et demain », a-t-il conclu. Les craintes régulièrement affichées du gouvernement israélien sont-elles véritablement fondées ou les discours officiels s’inscrivent dans un « jeu de guerre » où  la rhétorique et les menaces entre Israël et ses voisins n’ont pour objectif qu’une dissuasion mutuelle ?

Les commentaires d’Avigdor Lieberman sont intervenus quelques jours avant le plus grand exercice militaire israélien regroupant des dizaines de milliers de soldats et de réservistes simulant une guerre contre le Hezbollah. Depuis plusieurs années en effet, l’organisation terroriste s’est professionnalisée en Syrie aux côtés des Russes. Face à cet enjeu, les troupes israéliennes se forment régulièrement aux attaques transfrontalières et aux combats dans les zones habitées. Selon plusieurs estimations, environ 18 000 combattants issus de différentes milices pro-iraniennes se trouvent en Syrie. Le Hezbollah a acquis une nouvelle dimension politique, sur la scène libanaise, devenue assez populaire dans l’opinion publique libanaise, aussi bien chez les musulmans que chez les chrétiens, du fait de son rôle de bouclier anti-sunnites en Syrie. D’autre part, inquiet de la situation à la frontière nord d’Israël, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou avait estimé au mois d’août que l’Iran cherchait à « libaniser » la Syrie en y installant une véritable armée.

Pourtant, si la menace semble réelle, alimentée de part et d’autre, rien n’indique pour l’instant qu’Israël mènera une guerre préventive qui pourrait être très coûteuse en vies humaines. Par ailleurs, si le Hezbollah s’est indéniablement renforcé en Syrie, il pourrait connaître un revers en attaquant Israël. L’organisation terroriste s’est lancée depuis plusieurs années dans une guerre psychologique avec l’Etat hébreu mais le passage à l’acte, c’est-à-dire une guerre totale, serait dévastatrice au vu du potentiel militaire de chacun. Pour l’heure, malgré la menace latente, la question qui demeure cruciale est de savoir ce qui peut être fait pour contrer l’influence iranienne, qui ne laisse guère présager d’un apaisement dans la région.

Docteur en science politique, spécialiste du Proche-Orient et des questions de Défense, Sarah Perez est chercheur et consultante risque-pays. Elle est l'auteur de Iran-Israël: une guerre technologique, Les coulisses d'un conflit invisible.