Iran: les Européens envoient une lettre à Washington pour échapper aux sanctions (Le Figaro)

Alors que les États-Unis menacent de sanctions les entreprises qui continueraient de commercer avec l’Iran au-delà de 180 jours à compter du 8 mai, les représentants français, britanniques et allemands ont envoyé une lettre à Washington lundi dernier.

Le geste suffira-t-il à infléchir la détermination de Washington? Dans une lettre envoyée le 4 juin au secrétaire d’État Mike Pompeo et au secrétaire au Trésor Steven Mnuchin, les ministres des Finances et des Affaires Étrangères français, allemands et britanniques demandent que leurs entreprises présentes en Iran soient exemptées de sanctions par les États-Unis. C’est le ministre de l’Économie français, Bruno Le Maire, qui a diffusé le courrier sur son compte Twitter ce mercredi.

Le gouvernement américain a en effet annoncé au début du mois de mai son retrait de l’accord sur le nucléaire iranien signé en 2015, et par conséquent le rétablissement des sanctions commerciales à l’égard du régime des mollahs et des entreprises étrangères qui feraient affaire dans le pays. Cet accord, conclu au terme de deux ans de négociations entre l’Iran, les États-Unis, la Chine, la Russie, la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne, avait permis la levée des sanctions en contrepartie de l’engagement pris par l’Iran de ne pas se doter de l’arme nucléaire.

L’administration américaine a précisé que les sanctions envers les entreprises commerçant avec l’Iran seraient effectives immédiatement pour les nouveaux contrats. Quant aux entreprises étrangères déjà engagées dans des activités avec l’Iran, Washington leur a donné 180 jours à parti du 8 mai pour y mettre un terme.

Mais les trois grandes puissances européennes ne l’entendent pas de cette oreille. Celles-ci réclament une exemption pure et simple pour leurs entreprises: «En tant qu’alliés, nous attendons des États-Unis qu’ils s’abstiennent de prendre des mesures qui feraient du tort aux intérêts de défense européens», ont écrit les ministres.

Outre Bruno Le Maire , la lettre a été signée par le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, par le ministre allemand de l’Economie, Peter Altmaier, son collègue des Finances, Olaf Scholz, le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas, le ministre britannique des Finances, Philip Hammond, et son collègue des Affaires étrangères Boris Johnson ainsi que par Federica Mogherini, cheffe de la diplomatie européenne

«Cet accord est le meilleur moyen pour parvenir à empêcher que l’Iran se dote de l’arme nucléaire»

Lettre ouverte des dirigeants européens adressée au secrétaire d’État Mike Pompeo et au secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin

Les représentants des trois pays espèrent ainsi que les États-Unis «respecteront notre décision politique et la bonne foi d’opérateurs économiques qui se trouvent sur le territoire légal européen», tout en demandant des exemptions des sanctions américaines pour les entreprises qui «ont commencé ou conclu des contrats» depuis l’entrée en vigueur de l’accord.

«Même si les États-Unis ont décidé de se retirer de l’accord sur le nucléaire iranien, nous sommes toujours convaincus que cet accord est le meilleur moyen pour parvenir à empêcher que l’Iran se dote de l’arme nucléaire», ont-ils ajouté dans cette missive.

Une affirmation qui résonne avec force dans l’actualité. En effet, l’Iran a confirmé ce mercredi à Vienne se livrer à des «travaux préparatoires» destinés à relancer son programme nucléaire en cas d’échec de l’accord de 2015 avec les grandes puissances à la suite du retrait de Washington. Lors de cette même conférence, le représentant iranien, M. Najafi, a invité les signataires de l’accord, notamment les Européens, à trouver «très rapidement» une solution pour «compenser» les effets économiques de la défection américaine. À défaut, l’Iran «n’acceptera pas de continuer à respecter ses engagements», a insisté le diplomate.