Iran : les Etats-Unis font pression sur le gendarme du nucléaire

L’ambassadrice américaine aux Nations unies, Nikki Haley, s’est rendue mercredi 23 août au siège de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), à Vienne, afin de s’assurer que cette institution a les moyens d’effectuer une « vérification robuste des activités liées au nucléaire iranien ». Elle a notamment souhaité savoir si l’AIEA, garante de l’accord international signé en juillet 2015, comptait demander l’accès à des sites militaires qu’elle n’inspecte pas pour l’instant, a-t- elle déclaré à l’agence Reuters.

Le directeur de l’AIEA, Yukiya Amano, a reçu Mme Haley sans la presse. L’agence n’a pas publié de communiqué, signe qu’elle demeure sur ses gardes. Depuis plus de deux ans, les rapports que l’AIEA publie tous les trois mois confirment que l’Iran respecte ses engagements nucléaires.
Pourtant, en juillet, Donald Trump a affirmé être convaincu du contraire. Le président américain, qui a exprimé de longue date son désir d’annuler ou de renégocier l’accord, estimait que les Etats-Unis annonceraient officiellement à la mi-octobre que les Iraniens n’en respectaient pas les termes, lors d’un prochain passage en revue requis par la loi américaine tous les quatre-vingt-dix jours.
Mme Haley a tempéré ces affirmations à Vienne : « Nous ne savons pas si [M. Trump] va certifier ou décertifier l’accord » en octobre, a-t-elle déclaré. Avant de prendre une telle décision, « ce qui compte vraiment pour l’administration, ce sont les faits ». Selon la presse américaine, M. Trump a chargé un groupe de conseillers, à la Maison Blanche, de lui présenter des éléments de renseignement accréditant sa conviction.


« Tentative manifeste de pression »
« Si vous observez (…) le comportement des Iraniens par le passé, vous voyez qu’il y a eu des activités secrètes sur des sites militaires, dans des universités », déclarait Mme Haley à Reuters mercredi, peu avant de se rendre à Vienne. Les observateurs de l’AIEA « prennent-ils cela en compte dans leurs inspections, afin de s’assurer que ces problèmes n’existent plus ? (…) Ils ont désormais l’autorité pour inspecter des sites militaires. Ils ont aujourd’hui l’autorité pour inspecter n’importe quel site suspect. La question est : le font-ils ? »

Dès avant la visite de l’ambassadrice américaine à l’ONU, le ministre des affaires étrangères iranien, Mohammad Javad Zarif, avait dénoncé une démarche politique destinée à instiller le doute sur l’accord. Dans une lettre adressée samedi 19 août à M. Amano, M. Zarif déplorait « une tentative manifeste de faire pression sur l’agence et d’affecter la nature impartiale et professionnelle du travail de l’AIEA ». Les Etats-Unis disposent en effet d’une représentation auprès de l’AIEA, ce qui rend la visite de Mme Haley inhabituelle.
Téhéran affirme de longue date que ses sites militaires sont inaccessibles aux inspecteurs. Durant la négociation de l’accord nucléaire, celui de Parchin, où l’Iran est suspecté d’avoir mené par le
passé des activités nucléaires de dimension militaire, avait ainsi constitué un point de blocage. Or, le 21 août, un rapport d’experts de la prolifération, publié par un think tank américain, l’Institute for Science and International Security (ISIS), concluait que de nouvelles visites y étaient nécessaires afin de faire toute la lumière sur ces activités passées.


Faire capoter le « deal »
L’AIEA a bien autorité, selon l’accord de juillet 2015, pour effectuer de telles visites. Elle peut en faire la demande aux Iraniens si des informations qu’elle recueille, ou qui lui sont fournies par des services de renseignement étrangers, suggèrent une activité suspecte. Une disposition qui fait craindre que la Maison Blanche soit tentée d’instrumentaliser le renseignement américain pour précipiter une crise avec l’Iran, et faire capoter le « deal » nucléaire.
« Dans l’atmosphère de confrontation actuelle, les Iraniens ne sont pas enclins à se montrer coopératifs », relève Mark Fitzpatrick, directeur de l’International Institute for Strategic Studies (IISS). Cependant, selon cet expert du contrôle des armements, plus de vingt inspections de sites militaires en Iran auraient été menées par des agents de l’AIEA, avant 2013, date de la reprise des négociations sur le nucléaire, et pourraient s’être étalées sur une période de dix ans, malgré, à l’époque, de fortes tensions entre l’Iran et les Etats-Unis. Des inspections qui auraient été menées discrètement, gage de leur bon déroulement.