Irak: le retrait de diplomates américain dû à une «menace imminente» en lien avec l’Iran (Yohan Blavignat – Le Figaro)

Alors que la pression entre Washington et Téhéran ne cesse de monter, les États-Unis ont décidé de retirer d’Irak une partie de ses diplomates. Une décision motivée par «une menace imminente» en «lien direct avec l’Iran», selon des hauts responsables américains.

L’Irak apparaît comme la victime collatérale de l’escalade entre les Américains et l’Iran. Ces derniers jours, les États-Unis ont accusé la République islamique de préparer des «attaques» contre les intérêts américains dans la région. La semaine dernière, Washington a envoyé dans le Golfe le porte-avions USS Abraham Lincoln et une force de bombardiers. Mais ce renforcement spectaculaire de la présence militaire américaine n’a pas suffi à faire baisser la tension. Ce mercredi, le département d’État américain a ordonné à son personnel diplomatique non-essentiel de quitter l’ambassade de Bagdad et le consulat d’Erbil, au nord de l’Irak. Une décision motivée par «une menace imminente» en «lien direct avec l’Iran», ont déclaré des hauts responsables américains.

Cette menace «est réelle», a dit l’un de ces responsables du département d’État américain, évoquant notamment la responsabilité de «milices irakiennes sous commandement et contrôle des Gardiens de la Révolution iraniens», l’armée idéologique de la République islamique d’Iran. Le département d’État a également prévenu dans un avis déconseillant aux voyageurs de se rendre en Irak que «de nombreux groupes terroristes et rebelles sont actifs en Irak et attaquent régulièrement les forces de sécurité irakienne comme les civils». «Des milices confessionnelles anti-américaines peuvent également menacer les citoyens américains et les compagnies occidentales dans tout l’Irak». Une alerte de sécurité de l’ambassade des États-Unis au Liban appelle aussi les Américains à la «vigilance» face aux «tensions accrues dans la région».

Peu après l’annonce américaine de retirer son personnel diplomatique d’Irak, les armées allemande et néerlandaise ont annoncé avoir suspendu jusqu’à nouvel ordre ses opérations de formation militaire dans ce pays en raison des risques liés aux tensions avec l’Iran. Lors d’un point-presse, le porte-parole du ministère allemand de la Défense, Jens Flosdorff, a parlé d’une «vigilance accrue» de la Bundeswehr, sans exclure que les exercices de formation puissent reprendre «dans les prochains jours» si la situation le permet. Le ministère néerlandais de la Défense, cité par l’agence de presse ANP, a parlé de «menaces» pour justifier cette décision.

Si le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a assuré la veille à Moscou que les États-Unis «ne cherchent pas une guerre avec l’Iran», le Kremlin s’est dit ce mercredi inquiet de cette «escalade des tensions», a fait savoir son porte-parole Dmitri Peskov, qui a accusé Washington de «provoquer» l’Iran. En réponse, le ministre de la Défense iranien Amir Hatami a assuré que son pays sortirait «la tête haute» de cette confrontation, promettant au «front américano-sioniste» composé selon lui par les États-Unis et leurs alliés israéliens d’«éprouver le goût amer de la défaite». Le guide suprême de la République islamique d’Iran, Ali Khamenei, avait toutefois assuré mardi qu’il «n’y aurait pas de guerre» avec les Américains.

Actes de sabotage

La semaine dernière, Mike Pompeo a effectué une visite surprise à Bagdad, après avoir annulé en dernière minute une visite prévue à Berlin au motif de «questions urgentes à régler». «La raison pour laquelle nous allons» à Bagdad «ce sont les informations qui indiquent une escalade des activités de l’Iran», a dit Mike Pompeo, qui a rencontré le premier ministre Adel Abdel Mahdi et le président Barham Saleh. Au terme de sa visite, Mike Pompeo a déclaré avoir reçu «l’assurance» des dirigeants irakiens qu’ils «comprenaient que c’était leur responsabilité» de «protéger de manière adéquate les Américains dans leur pays».

Un porte-parole britannique de la coalition internationale en Irak et Syrie a toutefois démenti tout changement de posture iranienne, plongeant le Pentagone dans l’embarras. «Il n’y a pas d’aggravation de la menace posée par les forces pro-iraniennes en Irak et en Syrie», a ainsi déclaré mardi le général Chris Ghika, qui avait tenu à souligner que la mission de la coalition internationale était de lutter contre l’EI et non le régime iranien. Ces propos «contredisent les menaces crédibles reçues des services de renseignement américains et alliés concernant les forces pro-iraniennes dans la région», a rétorqué une porte-parole du Pentagone dans un communiqué.

Selon le New York Times , le ministre américain de la Défense par intérim, Patrick Shanahan, a présenté à des conseillers de Donald Trump un plan selon lequel jusqu’à 120.000 hommes pourraient être envoyés au Moyen-Orient si l’Iran attaquait des forces américaines. Autres sources de tensions, de mystérieux «actes de sabotage» de quatre navires au large des Émirats arabes unis et une attaque de drones contre des stations de pompage de pétrole en Arabie saoudite qui a été revendiquée par les Houthis, soutenus par Téhéran. Cette menace contre les intérêts saoudiens, premiers exportateurs mondiaux de pétrole, n’a à ce stade eu qu’un impact limité sur le cours du brut, le prix du baril reculant ce mercredi.