Inquiétantes opérations anti-Israël dans des supermarchés (Stéphane Kovacs – Le Figaro)

Des Yvelines aux Pyrénées-Atlantiques, des extrémistes veulent imposer à des magasins le retrait de produits israéliens.

«Sur le stand “Ramadan”, c’est un affront aux clients musulmans!» Dans une vidéo qui tourne en boucle depuis quelques jours sur les réseaux sociaux, un homme se présentant comme musulman fait retirer des dizaines de boîtes de dattes d’un rayon de fruits secs, au motif qu’elles viendraient d’Israël, «pays colonisateur». La scène se passe fin mai, dans le magasin Carrefour de Chambourcy, dans les Yvelines. «Ça fait des années qu’on est là ; on a un mot à dire!, s’insurge le «client». Il n’y a pas que la légalité, il y a aussi l’éthique.» Alors que ce genre d’«actions commandos» se multiplient ces derniers temps dans les grandes surfaces, selon le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), deux plaintes ont été déposées lundi.

« Ça c’est bon, madame ! C’est algérien, vous pouvez y aller »

Un militant musulman au Carrefour de Chambourcy

Dans la vidéo, mise en ligne sur le site CAPJPO-EuroPalestine, le militant presse le chef de rayon jusqu’à ce que tous les paquets incriminés, de différentes marques, soient retirés. «Ça c’est bon, madame! recommande-t-il au passage à une cliente. C’est algérien, vous pouvez y aller.» Sur le même site, dont les responsables n’ont pas répondu au Figaro, on trouve des vidéos semblables, tournées dans d’autres grandes enseignes. Au Grand Frais de Décines, près de Lyon, «les dattes de l’occupant, très certainement cultivées en Cisjordanie occupée»mais «non étiquetées» subissent le même sort. «On doit passer à Lidl après, prévient le vidéaste. Demain, on repassera. L’action doit être menée dans tous les Grands Frais de France, aussi Carrefour et Auchan.» À l’Intermarché d’Itxassou, dans les Pyrénées-Atlantiques, un groupe embarque des cageots de mandarines. Au Lidl de Drancy, ce sont des militants France insoumise qui font retirer des grenades, des pamplemousses et des avocats. «Je constate qu’il n’y a plus traces des produits israéliens dans votre magasin», se félicite le meneur de l’«action».

«Police islamique»

Pour Francis Kalifat, président du Crif, «ces incidents, qui se multiplient alors que commence la Saison France Israël 2018, sont assimilables à des actes antisémites: à travers Israël, ce sont les Juifs que l’on vise. On a vu que certains, d’ailleurs, ne font pas la différence entre les produits israéliens et kasher…». Sollicité par «un grand nombre de clients Carrefour, fréquemment importunés par des activistes du mouvement illégal Boycott Désinvestissement Sanctions BDS, qui opèrent en toute impunité», Sammy Ghozlan, président du Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA), a écrit vendredi au PDG du groupe, Alexandre Bompard, en lui demandant de «prendre des dispositions énergiques». Quant à Francis Kalifat, il réclame «l’interdiction du mouvement BDS».

«Ces campagnes haineuses sont non seulement illégales mais empiètent sur le pouvoir régalien de l’État»

Me   Charles Baccouche, avocat du BNVCA

Les deux plaintes déposées par le BNVCA concernent les «actions» menées au Carrefour de Chambourcy et au Grand Frais de Décines. Elles visent «non seulement les auteurs de ce délit, mais tous ceux qui par leur silence et leur soumission se sont pliés au diktat de cette police islamique», commente Sammy Ghozlan. «Le Code pénal sanctionne ces agissements assimilés à des discriminations, prohibés par la loi pénale et analysés par la Cour de cassation comme le fait d’entraver l’exercice normal d’une activité économique quelconque en opérant une distinction entre les personnes notamment en raison de leur appartenance ou non-appartenance à une nation déterminée, précise l’avocat du BNVCA, Me   Charles Baccouche. Ces campagnes haineuses sont non seulement illégales mais empiètent sur le pouvoir régalien de l’État. Elles laissent entendre que ce sont ces “militants”qui décident désormais de la politique internationale de la France, car en plus ils semblent agir en toute impunité. Ils s’opposent à la vente de produits vérifiés et autorisés à la mise sur le marché lors de leur importation par les autorités françaises, et les responsables des magasins laissent faire!»

Au Grand Frais de Décines, la responsable confirme être «victime de ces actions», qui «nous empêchent de travailler». Mais n’ose pas en dire plus. Chez Carrefour, qui «n’a pas recensé d’autres perturbations» dans ses magasins, on souligne que «le groupe observe, par principe, une stricte neutralité politique, philosophique et religieuse» et qu’il «propose des produits du monde entier». Quant aux dattes, elles ont été remises en rayon.