Les hauts et les bas de la relation israélo-américaine

Par Le Figaro – Lisa Hanoun


Alors que Benyamin Nétanyahou et Donald Trump s’apprêtent à se rencontrer pour la première fois, ce mercredi, la question de l’avenir des relations israélo-américaines se pose. Ces dix dernières années, elles ont connu des hauts et des bas.

«L’alliance avec les États-Unis a toujours été extrêmement forte. Elle va le devenir encore plus», a déclaré le premier ministre israélien, lundi, à l’aéroport de Tel-Aviv. Benyamin Nétanyahou s’est envolé pour Washington, là où il doit rencontrer Donald Trump, ce mercredi. Cette première rencontre est d’autant plus attendue que, lors de sa campagne électorale, le nouveau président américain avait fait des promesses au gouvernement le plus à droite de l’histoire d’Israël.

Contrairement à son prédécesseur Barack Obama, qui entretenait des relations tendues avec Benyamin Nétanyahou, Donald Trump avait annoncé que son élection serait une «aubaine» pour l’État hébreu. L’ancien prétendant à la Maison-Blanche a notamment évoqué le transfert de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem, lieu hautement symbolique puisque la ville n’a jamais été reconnue comme capitale par la communauté internationale. Il a aussi nommé un ambassadeur favorable à la politique de colonisation des territoires palestiniens. Enfin, il exclut de faire pression sur Israël pour favoriser la paix dans la région. Toutes ses propositions ne pouvaient que séduire le dirigeant israélien entouré d’une coalition ultranationaliste qui a récemment accordé la construction de 6.000 nouveaux logements en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Une décision qui a été condamnée par l’ensemble de la communauté internationale, excepté les États-Unis.

Néanmoins, Donald Trump semble avoir revu sa position et a adopté un ton beaucoup plus mesuré vis-à-vis de la politique israélienne. Dans un entretien accordé au journal progouvernemental Israël Hayom, Donald Trump a appelé l’État hébreu à «se montrer raisonnable à l’égard du processus» de paix en condamnant la politique de colonisation. «Le président Trump et moi voyons d’un même œil les dangers émanant de la région, mais aussi les occasions», a ajouté le chef de l’État hébreu lundi.

De Bush à Obama

Les États-Unis et Israël sont des alliés historiques. Depuis 1948 et la reconnaissance de l’État hébreu, les deux pays jouissent d’une forte alliance militaire, diplomatique et économique qui constitue aujourd’hui une pierre angulaire de la situation au Moyen-Orient. Depuis dix ans, les États-Unis sont au centre du processus de paix israélo-palestinien et exercent un rôle de médiateur déterminant entre les deux camps.

Si cette coopération est stable néanmoins, elle n’est pas linéaire. Tous les présidents américains ont œuvré pour la paix mais n’ont pas tous usé des mêmes stratégies. Ils ont dû négocier avec des dirigeants israéliens qui ont adopté des politiques parfois très opposées.

Dans les années 2000, l’administration Bush a mené une politique pro-israélienne, notamment après le 11-Septembre 2001. Les deux pays s’allient dans un contexte de guerre contre le terrorisme. Les États-Unis apportent un soutien sans faille à la politique israélienne. Cependant, entre le président Obama et le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, les rapports sont houleux et délicats, ponctués de pics de tension. Certains spécialistes décrivent cette relation comme étant «au plus bas» depuis la création de l’État hébreu. En 2010, alors que le vice-président américain Joe Biden se rend en Israël, le gouvernement Nétanyahou annonce la construction de 1600 logements dans une colonie de Jérusalem-Est qui provoque un tollé. La dégradation des relations se poursuit en 2016, lorsque les États-Unis signent un accord sur le nucléaire avec l’Iran, ennemi numéro un d’Israël.

Depuis 2014, le processus de paix entre les Palestiniens et les Israéliens mené par le secrétaire d’État américain John Kerry est bloqué. Fin décembre, le Conseil de sécurité de l’ONU a voté une résolution condamnant la politique de colonisation israélienne grâce à l’abstention des États-Unis. C’est la première fois qu’une administration américaine ne pose pas son véto à un texte considéré comme anti-israélien. Le gouvernement de Netanyahou a directement mis en cause la responsabilité Barack Obama et John Kerry.

Quel avenir avec Trump?

La diplomatie américaine à l’égard Israël constitue aux États-Unis un enjeu de politique intérieure. Ainsi, en 1948, lorsque le président Truman, frappé par le drame de la Shoah, décide de reconnaître l’indépendance de l’État d’Israël, cette décision obéit à des motivations internes, le président bénéficiant d’un fort électorat d’origine juive.

Crée en 1951, le Comité américain des affaires publiques israéliennes (AIPAC) est un des lobbies les plus puissants des États-Unis. Contrairement à la France, les lobbies américains sont très institutionnalisés et parviennent souvent à faire voter des lois.

Bien que Donald Trump, fraîchement élu, a promis une rupture totale avec la précédente administration en se montrant favorable à une politique très pro-israélienne, les relations avec son allié historique semblent encore à baliser.