Le Hamas se convertit au bitcoin dans l’espoir de contourner le blocus israélien (Marc Henry – Le Figaro)

Asphyxié financièrement, le mouvement islamiste au pouvoir dans la bande de Gaza a récemment prié ses partisans basés à l’étranger de lui adresser des donations sous forme de monnaie virtuelle.

Assiégés militairement, mais aussi financièrement, les islamistes palestiniens du Hamas au pouvoir dans la bande de Gaza testent désormais le bitcoin pour tenter de renflouer leur budget. La branche militaire de l’organisation a lancé récemment un appel de fonds à ses sympathisants à travers le monde. Mais apporter un soutien à une organisation considérée comme terroriste, non seulement par Israël, qui impose un blocus depuis plus de dix ans autour de la bande de Gaza, mais aussi par les États-Unis et l’Union européenne n’est pas chose facile et peut même se révéler dangereux.

Prudentes, l’immense majorité des banques se refusent à effectuer le moindre transfert lié au Hamas pour ne pas être poursuivies en justice. Une situation qui a contraint par exemple un diplomate qatarien à se rendre à plusieurs reprises ces derniers mois dans la bande de Gaza avec des valises remplies à chaque fois de 15 millions de dollars d’aide. Plus grave: l’organisation est aux abois à la suite du refus de l’Autorité palestinienne présidée par Mahmoud Abbas, grand rival des islamistes, de régler le salaire des dizaines de milliers de fonctionnaires dans la bande de Gaza. Le bitcoin apparaît dès lors de plus en plus comme une possible source de financement alternatif. C’est dans ce contexte que la branche militaire du Hamas a appelé à recourir à la célèbre cryptomonnaie pour lui venir en aide. Le bitcoin présente l’immense avantage de ne pas laisser de traces permettant de déterminer d’où vient et où va l’argent. Chaque transaction crée une nouvelle adresse si bien que tout utilisateur peut avoir des milliers d’adresses dans un portefeuille virtuel, ce qui en principe assure un total anonymat et lui évite d’éventuels ennuis avec la justice américaine ou européenne.

Brouiller les pistes

Ces atouts expliquent le subit intérêt du Hamas, dont le budget militaire annuel s’élèverait à 250 millions de dollars selon les estimations de services de renseignements israéliens. Jusqu’à présent, le Hamas utilisait des filières bancaires en brouillant les pistes, des bureaux de change ou des jeux d’écriture d’importateurs de la bande de Gaza. Ces méthodes «traditionnelles» ont été durement mises à mal par les nouvelles technologies utilisées par le Shin Beth. Mais suivre les méandres empruntés par des bitcoins relève d’un tout autre défi. Dans ce jeu du chat et de la souris, Israël dispose de quelques atouts pour mener à bien cette bataille occulte.

Une start-up israélienne dénommée Whitestream affirme ainsi, selon le journal économique Globes, avoir mis au point un logiciel permettant d’analyser les opérations menées sur la blockchain, la banque de données sur laquelle toute l’activité du bitcoin est fondée. Histoire de prouver l’efficacité de cette technologie, l’entreprise affirme avoir d’ores et déjà repéré plusieurs transactions entre des donateurs et le Hamas via Coinbase, la principale plateforme de transactions de cryptomonnaies américaines, mais aussi grâce à des plateformes russes et chinoises. Les informations recueillies ont été transmises aux services de sécurité américains et israéliens. La bataille financière n’en est qu’à ses débuts.