Hamas – Israël : sommes-nous à l’aube d’une nouvelle guerre ?

Depuis plusieurs semaines, la tension entre Israël et le Hamas est à son comble. Après les tirs de roquettes effectués depuis la bande de Gaza par l’organisation terroriste et les représailles de Tsahal, les deux parties se menacent mutuellement. Le ministre israélien de la Défense Avigdor Lieberman a mis en garde le Hamas en cas de nouvelle attaque et lui a suggéré de ne pas tester sa patience, tandis que jeudi, le ministre de la sécurité publique Gilad Erdan a déclaré : « Il y a de fortes chances que nous n’ayons pas d’autre choix » que de lancer une « opération militaire de grande envergure », lors d’une interview à la radio militaire. Ainsi resurgit le spectre d’un nouveau conflit dans l’enclave située entre Israël, l’Egypte et la Méditerranée, qui a connu depuis 2008 trois guerres.

Israël est confronté à une recrudescence d’attaques à la frontière depuis les manifestations de la « Marche du retour » débutées le 30 mars. Outre les violents heurts qui ont fait plus de 130 morts côté palestinien – dont la grande majorité appartenait à des organisations terroristes telles que le Hamas ou le Djihad islamique – Israël est régulièrement ciblé par des tirs de roquettes et des ballons incendiaires qui ravagent les localités frontalières. Depuis l’opération Bordure protectrice de 2014, Israël n’avait pas connu d’affrontements aussi intenses.

Les deux parties sont déterminées à établir de nouvelles règles de terrain. Israël veut clairement faire comprendre que le pays ne tolérera aucune offensive contre son territoire, d’où ses représailles sur les structures du Hamas. Quant à l’organisation terroriste, consciente de la méfiance israélienne à l’idée d’entrer dans un autre conflit majeur, elle tente de convaincre Israël que le prix d’une prochaine guerre pourrait s’avérer tellement dévastateur qu’il serait préférable de tolérer les cerfs-volants ou de permettre un soulagement économique significatif à Gaza dans les meilleurs délais. Ainsi chacun tente de contenir les opérations de l’autre via une escalade « contrôlée ».

La semaine dernière, le cabinet de sécurité israélien a débattu sur les solutions possibles pour remédier à la situation dans la bande de Gaza sans qu’une décision concrète soit prise.  Dans les faits, les attaques du Hamas restent limitées. Les grandes villes n’ont pas été ciblées et Israël n’a pas non tué des chefs militaires emblématiques de l’organisation terroriste. Mais à tout moment la situation peut dégénérer car rien ne se passe en coulisses malgré des rumeurs de médiation égyptienne pour préserver la trêve en échange d’un allégement du blocus. Aucune des parties ne souhaite une guerre. Pour Israël, cela grèverait son budget militaire. Il faudrait par ailleurs évacuer les civils des zones voisines de Gaza, indemniser les destructions, payer la mobilisation des réservistes et augmenter le budget de la défense avec le risque d’entraîner un ralentissement économique. Et Tsahal est bien plus préoccupé par le Hezbollah au nord.

Docteur en science politique, spécialiste du Proche-Orient et des questions de Défense, Sarah Perez est chercheur et consultante risque-pays. Elle est l'auteur de Iran-Israël: une guerre technologique, Les coulisses d'un conflit invisible.