Hamas : entre chantage et provocations

A Gaza, le Hamas retient son peuple en otage dans une dangereuse manœuvre pour améliorer leur sort tout en conservant sa force militaire. Si la situation économique dans la bande est désastreuse, l’organisation terroriste parvient à imposer ses règles, politiquement et diplomatiquement. Depuis plusieurs semaines, les attaques au cerf-volant qui ravagent des hectares de végétation côté israélien sont l’œuvre du Hamas qui a  un but bien précis : attirer l’attention des Israéliens sur Gaza dans le cadre de la demande de cessez-le-feu et faire pression sur le gouvernement Netanyahou pour, ironiquement, contraindre l’Autorité palestinienne en Cisjordanie à lever le blocus de l’Autorité palestinienne sur Gaza, qui a considérablement aggravé la crise financière de l’enclave au cours des derniers mois.

Pour l’armée israélienne, la direction du Hamas considère une confrontation avec Israël comme le meilleur moyen d’obtenir une nouvelle aide économique dans la bande de Gaza tout en conservant les rênes du territoire autonome et surtout sans se désarmer. Le mouvement islamiste a même repris sa coopération avec le Jihad islamique, qui participe désormais aux tirs de roquettes.

Depuis quelques jours, de nombreux reportages israéliens présentent de nouveaux projets possibles menés par Israël pour atténuer la crise économique dans l’étroit territoire palestinien : de la construction d’un port maritime à Chypre ou d’une centrale solaire près de Gaza, à l’entrée de travailleurs palestiniens en Israël, en échange, bien sûr, de la libération des civils israéliens détenus dans la bande de Gaza, Abera Mengistu et Hisham al-Sayed, et des corps des soldats de Tsahal Hadar Goldin et d’Oron Shaul.

Pour l’instant, le Hamas ne se presse pas d’accepter ces offres, en partie parce qu’Israël exige son désarmement comme condition préalable à tout accord de longue durée entre Israël et Gaza. L’organisation terroriste ne semble pas non plus vouloir s’engager dans une guerre totale, car elle et ses hauts dirigeants sont revenus au centre de la scène palestinienne et internationale.

Ces derniers jours, une délégation du Hamas dirigée par Mousa Abu Marzouk, le vice-président de son bureau politique, s’est rendue à Moscou pour discuter d’une éventuelle trêve avec Israël ou d’un accord d’échange de prisonniers. Les dirigeants du Hamas sont également en contact permanent avec les chefs des services de renseignement égyptiens, qui poursuivent leurs efforts de réconciliation intrapalestinienne entre l’organisation terroriste et le Fatah. Le jeu du Hamas porte donc ses fruits car finalement, le monde entier, y compris l’administration Trump, se concentre beaucoup plus sur l’avenir de la bande de Gaza que sur celui de la Cisjordanie et de l’Autorité palestinienne.

Docteur en science politique, spécialiste du Proche-Orient et des questions de Défense, Sarah Perez est chercheur et consultante risque-pays. Elle est l'auteur de Iran-Israël: une guerre technologique, Les coulisses d'un conflit invisible.