Dans le Golfe persique, Washington renforce sa posture militaire face à l’Iran (Philippe Gélie -Le Figaro)

La Maison-Blanche a envoyé un porte-avions et une «task force» aérienne pour faire passer un message «clair et sans ambiguïté» à Téhéran.

Déjà pris dans un engrenage de sanctions et de représailles, l’affrontement entre les États-Unis et l’Iran a franchi un nouveau palier avec la publication dimanche soir d’une mise en garde militaire par la Maison-Blanche. Toute attaque de Téhéran ou de ses supplétifs contre «les intérêts» de Washington ou de ses alliés déclencherait une riposte «d’une force implacable».

Dans une déclaration signée de John Bolton, le conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump – un faucon partisan de longue date d’un renversement du régime des mollahs -, Washington annonce le déploiement du porte-avions USS Abraham Lincolnaccompagné de son groupe tactique et d’une task force aérienne dans la zone du Central Command, qui couvre le Moyen-Orient jusqu’à l’Afghanistan, afin «d’adresser un message clair et sans ambiguïté (…). Les États-Unis ne cherchent pas la guerre avec le régime iranien, mais sont prêts à répondre à toute attaque». L’Abraham Lincoln, à bord duquel George W. Bush avait prématurément célébré sa victoire en Irak en 2004, ainsi que le croiseur lance-missiles USS Leyte Gulf et les destroyers USS BainbridgeMason et Nitze patrouillaient déjà en Méditerranée depuis leur départ de Norfolk le 1er avril.

La raison de cette soudaine poussée de fièvre découlerait «de plusieurs alertes et indications troublantes d’escalade». Des responsables à la Maison-Blanche et au Pentagone évoquent «des renseignements récents, des menaces spécifiques contre les forces américaines opérant dans la région et des indications que les Iraniens assemblent et déplacent leurs dispositifs militaires sur terre comme sur mer». Le secrétaire d’État, Mike Pompeo, refuse d’être plus précis: «Je ne veux pas parler de ce qui sous-tend (la décision américaine), mais ne vous y trompez pas, les États-Unis ont de bonnes raisons de vouloir s’adresser clairement» aux Iraniens, «afin qu’ils comprennent» que Washington «les tiendrait pour directement responsables» de toute attaque ou incident armé. Plusieurs réunions ont eu lieu ces derniers jours à la Maison-Blanche: «Nous y travaillons depuis un petit bout de temps», affirme Pompeo, soulignant qu’il n’y a «pas de lien» avec les affrontements entre Israël et Gaza.

Crainte d’une réponse asymétrique

Un an après avoir déchiré l’accord nucléaire de 2015, le président américain poursuit une politique de «pression maximale» contre le régime iranien. Le mois dernier, son Administration a désigné les gardiens de la Révolution comme une organisation terroriste- une première pour une institution étatique étrangère. Dans la foulée, Washington a retiré à huit pays l’exemption dont ils bénéficiaient depuis novembre pour continuer à acheter du pétrole iranien. Vendredi dernier, les exemptions permettant de participer à des programmes nucléaires civils ont à leur tour été annulées. L’Administration Trump cherche à mettre le régime iranien «à genoux» pour le forcer à un repli régional et à négocier en position de faiblesse.

La crainte d’une réponse asymétrique nourrit cependant les inquiétudes des militaires américains, exposés dans de multiples déploiements en Syrie, en Irak et dans le Golfe. Après la mise à l’index des gardiens de la Révolution, Téhéran a réciproquement désigné comme terroristes tous les soldats américains présents dans la région. La semaine dernière, les médias iraniens ont publié des images de drones «surveillant de près» l’US Navy dans les eaux du Golfe. En septembre, le département d’État avait dû fermer son consulat à Bassora, au sud de l’Irak, après des tirs de roquettes. L’Iran a en outre évoqué – menace récurrente – une fermeture du détroit d’Ormuz, par lequel transitent 30 % du transport pétrolier mondial.

Le 11 février, John Bolton avait marqué le 40e anniversaire de la Révolution islamique en publiant une vidéo sur Twitter dans laquelle il s’adressait à l’ayatollah Khamenei: «Je ne pense pas que vous aurez beaucoup d’autres anniversaires à célébrer.» En 2016, il avait été payé 40.000 dollars par les Moudjahiddines du peuple (considérés comme une organisation terroriste de 1997 à 2012) pour prononcer un discours dans lequel il avait affirmé: «Le régime de Téhéran doit être renversé à la première occasion.» Donald Trump plaisante parfois devant ses autres conseillers en affirmant que «Bolton veut [l’]entraîner dans une guerre», perspective à laquelle il semble personnellement allergique. Mais Javad Zarif, le chef de la diplomatie iranienne, accuse plutôt «l’équipe B» – l’Américain Bolton, l’Israélien Bibi Netanyahou, l’Émirati Mohammed Ben Zayed et le Saoudien Mohammed Ben Salman -: ils compteraient sur «un accident» pour arriver à leurs fins.