Gaza : la timide déradicalisation du Hamas

Par Cyrille Louis – Correspondant à Jérusalem


Le mouvement islamiste palestinien ouvre, dans un projet de texte, une porte à la solution des deux États.

Le Mouvement de la résistance islamique (Hamas), qui s’est juré de détruire Israël et contrôle depuis 2007 la bande de Gaza, espère atténuer son isolement en publiant dans les prochaines semaines une nouvelle plateforme politique. Le document n’a pas vocation à remplacer la charte fondatrice rédigée en août 1988.  Page 2 sur 5, «Le nouveau document souligne que nous formons un mouvement de libération national doté d’un socle ‐ islamique – mais sans aucune connexion avec d’autres mouvements islamistes»soulignent les dirigeants du parti, mais il s’en distingue sur plusieurs points controversés.

Cet aggiornamento vise à désamorcer l’hostilité des autorités égyptiennes et, dans la mesure du possible, à atténuer l’ostracisme que lui opposent l’Europe et les États-Unis. «Ce texte, qui a été approuvé par les différents échelons du mouvement après cinq ans de discussions, traduit l’évolution de notre pensée politique et bannit les provocations qui risqueraient de ternir notre image», résume Salah al-Bardawil, membre du bureau politique.

Le premier de ces amendements s’adresse aux dirigeants égyptiens, qui, depuis le renversement du président Mohammed Morsi au cœur de l’été 2013, reprochent aux islamistes gaziotes de faire cause commune avec les Frères musulmans et les accusent d’offrir une base arrière à l’insurrection djihadiste dans la péninsule du Sinaï. «Le nouveau document souligne que nous formons un mouvement de libération national doté d’un socle islamique – mais sans aucune connexion avec d’autres mouvements islamistes», assure Salah al-Bardawil. Le texte prend à cet le contre-pied de la charte de 1988, qui désignait explicitement le Hamas comme la branche palestinienne de la confrérie fondée par Hassan al-Banna. «Le mouvement cherche ainsi à satisfaire les généraux égyptiens, qui ont fait de la rupture de tous liens organisationnels avec les Frères une condition non négociable à l’allégement progressif de l’enfermement imposé aux habitants de Gaza», décrypte Mkhaimar Abou Sada, professeur de sciences politiques à l’université al-Azhar.

Un autre changement notable porte sur les termes du conflit avec Israël. La charte de 1988 appelle à mener le djihad contre les Juifs, décrit la Palestine historique comme la propriété inaliénable des musulmans et affirme que nul n’est autorisé à céder ne fût-ce qu’un pouce de ce territoire. Un tel credo, peu compatible avec la solution dite des deux États, a conduit la majeure partie de la communauté internationale à tourner le dos au Hamas. Son implication dans des dizaines d’attentats-suicides au cours de la deuxième intifada a de surcroît décidé les États-Unis et l’Europe à l’inscrire sur la liste des organisations terroristes.


Mise à jour ambiguë

La nouvelle plateforme présente la confrontation en des termes qui se veulent plus nuancés. «Elle indique clairement que l’ennemi, ce ne sont pas les Juifs mais l’occupation imposée à notre peuple», résume Salah al-Bardawil. Le Hamas espère en finir avec les accusations d’antisémitisme qui lui collent à la peau. «Il cherche par ailleurs à rétablir la distinction, devenue inaudible après les attentats du 11 septembre 2001, entre le terrorisme, qu’il dit condamner, et la résistance à l’occupation qui est autorisée par le droit international», observe Mkhaimar Abou Sada.

La troisième innovation est sans doute la plus problématique aux yeux des «durs» du Hamas. «Nous avons décidé d’inscrire une référence à l’État de Palestine dans ses frontières de 1967 (c’est-à-dire la Cisjordanie, Jérusalem-Est et la bande de Gaza, NDLR)», indique Salah al-Bardawil. Cette avancée ouvre, en théorie, la porte à une acceptation de la solution des deux États – même s’il n’est pas question à ce stade que le mouvement reconnaisse Israël. «Toute la question est de savoir si le Hamas l’envisage comme une option intérimaire en attendant la reconquête des territoires contrôlés par Israël, où comme le résultat d’un partage définitif», éclaire Mkhaimar Abou Sada.

Cette mise à jour, ambiguë et peu convaincante aux yeux de nombreux Israéliens, ne suffira sans doute pas à amadouer la communauté internationale. À l’exception de quelques pays (la Suisse, la Norvège, le Qatar ou la Turquie), celle- ci refuse en effet de dialoguer avec le Hamas tant qu’il n’aura pas reconnu l’État hébreu, renoncé à la violence et reconnu les accords signés dans le cadre du processus d’Oslo. Certains observateurs estiment pour leur part que l’acceptation de ce timide virage par l’aile la plus radicale du mouvement constitue, en soi, un signal à prendre en compte.


Un chef militaire palestinien assassiné dans un parking

Le Hamas a annoncé dimanche la fermeture jusqu’à nouvel ordre, «pour des raisons de sécurité», du point de passage d’Erez entre la bande de Gaza et Israël. Cette décision intervient après l’assassinat, vendredi soir, d’un cadre de sa branche militaire. Mazen Foqaha a été tué de quatre balles dans la tête et la poitrine dans le parking sous-terrain de son immeuble, au sud de la ville de Gaza. Le tireur, que le mouvement islamiste soupçonne d’avoir utilisé un revolver muni d’un silencieux, n’a visiblement pas laissé beaucoup de traces derrière lui. Les brigades Ezzedine al-Qassam accusent Israël d’être à l’origine de l’exécution. Ses dirigeants ont prévenu: «Quiconque joue avec le feu finira par s’y brûler, et l’ennemi paiera le prix de l’assassinat de notre martyr.» Originaire de Tubas (Cisjordanie), Mazen Foqaha fut condamné à la perpétuité en Israël pour avoir commandité des attentats suicides durant la seconde intifada. Il avait étérelâché en 2011 en même temps qu’un millier d’autres détenus palestiniens, en contrepartie de la libération par le Hamas du soldat franco-israélien Gilad Shalit.