Frappes israéliennes et menaces du Hamas : prélude à l’escalade ?

Gaza est-il à nouveau une bombe à retardement ? Jeudi 2 mars, l’armée israélienne a frappé deux positions du Hamas dans l’enclave palestinienne en réponse à des tirs essuyés par ses soldats qui menaient des opérations de routine le long de la clôture qui sépare les deux territoires. Il s’agit du deuxième échange de feu en une semaine entre Israël et la bande de Gaza, gouvernée par le mouvement islamiste palestinien.

Depuis qu’Avigdor Liberman est ministre de la Défense, Israël a durci sa politique. A chaque tir de roquette, même isolé, Tsahal répond lourdement en frappant des dizaines de cibles du Hamas, de préférence des cibles de « qualité » (tunnels, missiles, lanceurs) à même de diminuer ses capacités stratégiques et donc de retarder sa remise à niveau. Ces frappes ont fini par agacer le Hamas qui n’est guère habitué à subir autant de dommages. Des dommages également également financiers car des millions de dollars ont été investis par le Hamas dans ces infrastructures. Désormais, avec Yahya Sinwar à sa tête, l’organisation affirme qu’elle ne tolérera plus ces attaques et appliquera la loi du talion.

En outre, le Hamas a arrêté 550 djihadistes et individus soupçonnés d’être en lien avec l’Etat islamique, dont certains sont responsables du récent tir de roquette sur Israël, a affirmé un rapport du quotidien Asharq Al-Awsat. Selon le journal, les dirigeants du Hamas, en coordination avec les autorités égyptiennes, ont intensifié ces derniers jours leurs efforts pour combattre les salafistes de l’Etat islamique basés à Gaza.

Le Hamas mène ainsi un double jeu : d’un côté, il fait mine de contenir les sympathisants de Daech à Gaza, et de l’autre, il n’hésite pas à coopérer avec l’Etat islamique dans le Sinaï, en lui vendant des armes, en stockant des munitions ou en soignant ses blessés[1].

Dans ce contexte quelque peu tendu, le contrôleur d’Etat Yossef Shapira a publié cette semaine un rapport sur l’Opération Bordure protectrice conduite dans la bande de Gaza à l’été 2014 dans lequel il critique vivement les informations « limitées et générales » dont ont bénéficié les ministres participant au conseil national de sécurité, avant l’offensive. Cette rétention d’informations ne leur permettait pas de prendre la mesure de « l’ampleur de la menace » représentée par les tunnels creusés par les hommes du Hamas dans la bande de Gaza. Au-delà des critiques sur les rouages de l’Etat, le rapport démontre que bien que le Premier ministre ait pris connaissance de la menace stratégique posée par les tunnels, il n’a  pas ordonné aux forces armées de préparer un plan stratégique, et n’a pas informé le conseil de sécurité.

Au total, 32 tunnels ont été détruits pendant Bordure protectrice, dont 14 conduisaient vers Israël. Mais le réseau souterrain n’a pas été anéanti. La mission fixée « n’a pas été menée à bien », note le contrôleur d’Etat. Au moment-même où Israël et le Hamas s’affrontent avec de plus en plus d’intensité, ce rapport est extrêmement inquiétant pour Israël qui va non seulement devoir faire son introspection stratégique et être à même d’en tirer les enseignements dans les plus brefs délais.

[1] « Un chef de Daech soigné à Gaza », JDD, 20 août 2016

http://www.lejdd.fr/International/Proche-Orient/Un-chef-de-Daech-soigne-a-Gaza-804310

Docteur en science politique, spécialiste du Proche-Orient et des questions de Défense, Sarah Perez est chercheur et consultante risque-pays. Elle est l'auteur de Iran-Israël: une guerre technologique, Les coulisses d'un conflit invisible.