La France ouvre un difficile dialogue avec l’Iran

Le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, en visite à Téhéran, n’a pas réussi à obtenir des concessions de la part du régime sur deux sujets qui fâchent : le programme de missiles balistiques et les tentations hégémoniques de l’Iran au Moyen-Orient.

La photo le représente souriant, vêtu d’un chapeau noir, dans une pose mi-cowboy mi-acteur de Hollywood. «Une arme de séduction massive atterrit à Teheran», prévenait mardi, en une, le quotidien de langue anglaise Tehran Times. Au-delà du sourire radieux dont l’a gratifié son homologue iranien Mohammad Javad Zarif, au-delà du temps, plus long que prévu, qui lui a été consacré, Jean-Yves Le Drian n’a pas réussi à infléchir la position de ses interlocuteurs. «Dur et sans concessions», le dialogue a sans doute laissé la partie française sur sa faim.

Officiellement, le chef de la diplomatie française était venu «parler en toute franchise à l’Iran». «Si les Iraniens veulent sauver l’accord nucléaire, ils doivent montrer leur bonne volonté ailleurs», résume une source diplomatique. Marraine et gardienne de l’accord signé en juillet 2015 entre la communauté internationale et le pouvoir iranien, la France espère sauver ce compromis «historique» que Donald Trump menace de détruire. Mais Paris déplore aussi l’hégémonie régionale exercée par Téhéran au Moyen-Orient et surtout en Syrie, où la république islamique entretient des milices armées, soutient le régime de Bachar el-Assad et participe, même indirectement, au drame humanitaire de la Ghouta, dans la banlieue de Damas.

Donald Trump fixe une date butoir

«La volonté d’influence de l’Iran sur la région est légitime mais elle ne doit pas passer par des canaux militaires», affirme-t-on de source diplomatique. La France s’inquiète également du programme de missiles balistiques de l’Iran, qui heurte de front l’esprit de la résolution 2231 des Nations unies. Prise en marge de l’accord sur le nucléaire, en 2015, elle exhorte la République islamique à ne mener aucune activité liée aux missiles balistiques conçus pour porter des armes nucléaires, notamment des tirs. Donald Trump a laissé jusqu’au 12 mai aux Européens pour remédier aux «terribles lacunes» du texte de 2015. Faute de quoi, à l’issue de cette nouvelle date butoir qui soumet tous les trois mois l’accord à la certification du président américain, Washington en sortirait et réimposerait de nouvelles sanctions contre Téhéran.

En se rendant dans la capitale iranienne, le ministre français voulait «parler au régime dans sa totalité et pas seulement aux modérés». Le sujet nucléaire lui a fourni un exemple de la diversité de la scène politique iranienne. Le matin, l’amiral Shamkhani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, proche du guide suprême Khamenei et ultraconservateur, a dit son intention de quitter l’accord remis en cause par Donald Trump. C’est avec cet homme influent, qui s’est présenté, contrairement à ses habitudes, à son homologue français en tenue militaire, que la conversation a été la «plus musclée», concède une source diplomatique. À midi, le chef de la diplomatie Mohammad Javad Zarif, plus modéré, a évoqué la possibilité de renier le compromis. Mais l’après-midi, le président Hassan Rohani s’est dit déterminé à le défendre. De quoi y perdre son latin. Même si, évoquant un possible jeu tactique, Jean-Yves Le Drian retient «l’engagement très fort de la présidence» envers l’accord de Vienne.

Une discussion fermée

Sur les autres sujets, la porte est en revanche restée fermée. Les trois interlocuteurs ont écarté les arguments de la France, qui considère qu’il sera plus facile de sauver l’accord sur le nucléaire si l’Iran concède davantage de souplesse sur les autres sujets. Sur le programme de missiles balistiques que Paris juge, et c’est un euphémisme, «suspect», les Iraniens ont opposé leur droit à la «souveraineté». Et sur la Syrie, où l’Iran pousse son influence en s’appuyant sur des milices et des forces armées alliées, les interlocuteurs iraniens de Jean-Yves Le Drian n’ont concédé aucune ouverture. «Le seul moyen de régler le problème, c’est de soutenir le gouvernement central», a affirmé le président Rohani, dont le pays s’est porté au secours de Bachar el-Assad. Sur les questions balistiques et régionales, «il reste encore beaucoup de travail à faire», résume un diplomate.

La France, qui assume un rôle de médiateur entre les États-Unis et l’Iran, annonce de nouvelles rencontres, même si celle que devait en principe effectuer Emmanuel Macron au printemps ne paraît plus aussi pressée… «Nous allons continuer à travailler ensemble sur tous ces sujets», assure un diplomate. En espérant que les lignes bougent avant la date butoir de Donald Trump, le 12 mai.

(Le Figaro)