France-Iran : un coup de filet antiterroriste au fort parfum diplomatique (Jean Chichizola – Le Figaro)

Une association chiite a fait l’objet, mardi, d’une opération de police administrative à Grande-Synthe, dans le Nord. Le même jour, les autorités ont lancé une offensive contre des intérêts iraniens.

En apparence, une simple action de police administrative dans le cadre de la prévention antiterroriste, comme il y en a régulièrement un peu partout dans le pays. En réalité, une opération aux airs de coup de semonce dans une ténébreuse partie diplomatique et sécuritaire où Paris a visiblement voulu faire comprendre à Téhéran qu’elle ne pouvait agir comme elle l’entendait sur le sol français. Mardi matin, la préfecture du Nord indiquait, par voie de communiqué, que, dans le cadre de la prévention du terrorisme, douze visites domiciliaires, mobilisant quelque 200 policiers dont des membres du Raid et de la BRI, étaient menées «dans la commune de Grande-Synthe, au siège de l’association Centre Zahra France ainsi qu’aux domiciles de ses principaux dirigeants».

En règle générale, les visites domiciliaires concernent essentiellement des partisans supposés de Daech. Mais le Centre Zahra France est lui de sensibilité chiite

«Les activités de l’association», précisait la préfecture, sont «particulièrement suivies en raison du soutien marqué par ses dirigeants à plusieurs organisations terroristes et en faveur de mouvements prônant des idées contraires aux valeurs de la République». Une visite domiciliaire somme toute assez classique réalisée en vertu de la loi renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme (SILT) du 30 octobre 2017 qui a accompagné la sortie de l’état d’urgence et son lot de perquisitions administratives. Comme le prévoit la loi, les visites domiciliaires de Grande-Synthe ont été demandées par le préfet du Nord puis autorisées par le juge des libertés et de la détention du tribunal de grande instance de Paris après avis du procureur de la République de Paris et du procureur de la République de Dunkerque.

Passé agité

L’opération de Grande-Synthe présentait toutefois une dimension originale. En règle générale, et dans un contexte d’alerte antiterroriste maintenue, ces visites domiciliaires concernent essentiellement des partisans supposés de Daech. Mais le Centre Zahra France est lui de sensibilité chiite. Avec un but affiché: «faire connaître le message de l’islam à travers le regard du prophète et de sa famille, de les faire connaître, de traduire leurs pensées et de témoigner de leurs œuvres». Et un passé passablement agité.

Son créateur et patron depuis 2005, Yahia Gouasmi, sexagénaire né en Algérie, s’est également distingué au sein de la Fédération chiite de France et du Parti antisioniste (PAS), qui a présenté une liste aux européennes de 2009 avec Dieudonné et Alain Soral. Yahia Gouasmi prédisait à l’époque que «le veau d’or sioniste tombera». Après les attentats de janvier 2015, le PAS n’avait pas hésité à dénoncer une collusion entre les «sionistes» d’un côté et les «takfiris» d’al-Qaida et de Daech… Dans le même état d’esprit, cette mouvance avait qualifié en 2016 l’État islamique de «projet nazi socialo-sioniste»…

Des avoirs gelés

Dans ce contexte, on devine aisément quelles sont les «organisations terroristes» (le Hamas palestinien ou le Hezbollah libanais, tous deux alliés du pouvoir chiite de Téhéran) ou les «mouvements prônant des idées contraires aux valeurs de la République» évoqués dans le communiqué de presse de la préfecture du Nord. Quant aux visites domiciliaires, leur résultat, pour l’heure assez modeste, n’est guère surprenant. Trois personnes étaient placées en garde à vue mardi pour des soupçons de «détention illégale d’arme à feu». Paris a également gelé les avoirs du Centre Zahra France.

Le même jour, les autorités ont lancé une offensive contre des intérêts iraniens en bloquant les comptes de deux Iraniens et d’une entité du ministère Iranien du Renseignement, qu’elles accusent d’être derrière un projet d’attentat déjoué contre les Moudjahidines du peuple, ennemis de Téhéran installés en France depuis des décennies. Mardi, une source diplomatique affirmait à l’AFP que la direction des opérations du ministère du Renseignement iranien avait «commandité» ce projet. Une accusation démentie par Téhéran, qui a demandé la libération «immédiate» du diplomate qui aurait été impliqué dans ce projet d’attentat.