La France doit s’inspirer du modèle israélien pour élaborer sa doctrine sécuritaire

Au lendemain des attentats de Nice, Georges Fenech, président de la commission d’enquête parlementaire sur les attentats, émettait de vives critiques à l’égard du gouvernement qui selon lui est « à bout de souffle » et « n’a plus d’offre politique ». Ce sentiment d’une démission de nos dirigeants est aujourd’hui largement partagé par une population traumatisée par la fréquence des attentats islamistes sur notre sol en l’espace de si peu de temps et outrée de constater l’incapacité du gouvernement à juguler la menace islamiste.

Fort de ce constat et sans doute en quête d’inspiration, nombre d’hebdomadaires ont consacré des articles au modèle sécuritaire israélien. L’Etat hébreu a connu sept guerres et deux intifadas depuis sa création en 1948 et le gouvernement sait qu’il doit s’adapter au changement de modus operandi des terroristes chaque année ou tous les deux ans. Sa politique sécuritaire repose sur trois piliers : le renseignement, la prévention des actes terroristes et la mobilisation de la société civile.

Israël a depuis longtemps investi dans le cyber-renseignement, en dotant son armée dès 1952, d’une unité d’élite, l’unité 8200, consacrée au renseignement électromagnétique et au décryptage de codes. Entre autres missions, il s’agit d’abord de parvenir à la connaissance la plus exhaustive possible d’internet, sa partie visible et invisible, les réseaux d’activistes, leurs lieux de rencontre et d’échange, leur mode de communication. La coordination entre les différentes entités est bien plus nette et efficace qu’en France. Au sein d’Aman (renseignement militaire), une unité est chargée de l’infiltration clandestine et de la manipulation des sources. Mais la majeure partie des opérations est assurée par le Shin Beth (sécurité intérieure), et parfois par le Mossad (renseignement et sécurité extérieure). Dès lors que les cyberterroristes sont localisés, les agents sont déployés et procèdent à leur arrestation.

Concernant la prévention situationnelle, tout site considéré comme sensible voit donc sa sécurité renforcée : mise en place de barrages filtrants, agents de sécurité privée hautement qualifiés essentiellement recrutés dans les armées et notamment dans les unités d’élite, fouille des véhicules systématiques à l’entrée des sites, des profileurs assurant également une surveillance des espaces recevant du public. L’usage de drones, de robots et d’armes de neutralisation consolide le dispositif.

Enfin, face à la menace, la société civile a également développé une étonnante faculté de résilience et un esprit collectif de défense. La police est alertée au moindre objet ou comportement suspect. Mais la protection individuelle n’est pas pour autant déléguée aux professionnels. Astreints au service militaire, les jeunes Israéliens sont formés au maniement des armes et au krav maga (technique de combat pour l’autodéfense) et plus de 200 000 ports d’armes sont détenus par des civils.

La France a un besoin urgent d’élaborer une doctrine sécuritaire à la hauteur de la menace qui nous condamne pour l’heure à vivre dans la peur du « prochain coup ». Notre société doit se mobiliser, être résiliente sans jamais être résignée. Si nous voulons lutter contre le terrorisme islamiste, nous devons d’abord collectivement nommer les maux et cesser de « psychiatriser[1] » le terrorisme.


[1] Terme employé par Alexis Brézet, directeur des rédactions du Figaro
Docteur en science politique, spécialiste du Proche-Orient et des questions de Défense, Sarah Perez est chercheur et consultante risque-pays. Elle est l'auteur de Iran-Israël: une guerre technologique, Les coulisses d'un conflit invisible.