Forum sur l’Holocauste: le mea culpa de Yad Vashem (Thierry Oberlé – Le Figaro)

L’institut international pour la mémoire de la Shoah regrette le récit tronqué livré par la Russie lors des récentes commémorations.

La commémoration, le 23 janvier, du 75e anniversaire de la libération des camps d’extermination nazis continue de susciter des vagues en Israël. La manifestation avait réuni au Mémorial de Yad Vashem, musée de l’Holocauste et gardien de la mémoire de la Shoah, une quarantaine de chefs d’État et de gouvernement, soit le plus important rassemblement international de l’histoire de l’État hébreu, avec les obsèques d’Yitzhak Rabin.

En début de semaine, la prestigieuse institution Yad Vashem a rendu public un mea culpa. L’institut international pour la mémoire de la Shoah s’est excusé d’avoir présenté des contenus qui «déformaient» des faits historiques lors du Forum mondial sur l’Holocauste.

«Impression de déséquilibre»

Dans une lettre adressée au journal Haaretz, Yad Vashem reconnaît des «inexactitudes» et une «présentation partielle» qui «a créé une impression de déséquilibre» dans les informations données durant la cérémonie sur le rôle de l’Union soviétique durant cette période. Des vidéos ne mentionnaient aucun des crimes de Moscou pendant la Seconde Guerre mondiale, ni sa responsabilité dans le déclenchement de la guerre.

Il n’y avait aucune référence à la partition de la Pologne entre la Russie soviétique et l’Allemagne nazie en 1939, ni à l’occupation de l’Europe occidentale en 1940.

Les cartes présentées étaient erronées dans leur représentation des frontières de la Pologne et de ses voisins. Elles ne contenaient aucune référence à l’Ukraine, actuellement en conflit avec la Russie de Vladimir Poutine sur le Donbass, confondaient les camps de concentration avec les camps de la mort et contenaient des données incomplètes. «Il n’y avait aucune référence à la partition de la Pologne entre la Russie soviétique et l’Allemagne nazie en 1939, ni à l’occupation de l’Europe occidentale en 1940», écrit Yad Vashem. «En tant qu’institution, notre obligation envers Israël et le peuple juif est – et continuera à être – de nous en tenir aux faits historiques dans la mesure où ils peuvent être établis, et d’enquêter afin de nous opposer aux tentatives de brouiller et de déformer le discours politique dans divers pays», poursuit la missive signée par le professeur Dan Michman, directeur de l’Institut international de recherche sur l’Holocauste.

Sans le désigner nommément, les plus grands historiens israéliens mettent en cause Moshe Kantor, président du Congrès juif et homme d’affaires. Cet oligarque proche du président russe avait en charge l’organisation de l’événement en association avec Yad Vashem. Moshe Kantor avait eu l’honneur de s’exprimer à la tribune après le président Reuven Rivlin et le premier ministre Benyamin Nétanyahou, et avant les leaders mondiaux. Projeté en ouverture de l’événement, un film de relations publiques à sa gloire le dépeignait en sauveur d’un monde juif en proie à l’antisémitisme.

Le pacte germano-soviétique passé sous silence

Les moments forts de la cérémonie avaient été le discours émouvant et lucide du président allemand Frank-Walter Steinmeier, mais aussi ceux du prince Charles et d’Emmanuel Macron. Vladimir Poutine avait livré sa vision à sens unique glorifiant l’action de l’armée Rouge et passant sous silence le rôle des autres libérateurs. Son narratif ignorait la collaboration avec Hitler à travers le pacte germano-soviétique. Le président polonais Andrzej Duda, dirigeant du pays qui abritait le camp d’Auschwitz, n’avait pas été autorisé à lui donner la réplique. Il était resté à Varsovie.

Un peu plus tôt, dans la matinée, Vladimir Poutine avait inauguré à Jérusalem, un Mémorial à la mémoire des victimes du siège de Leningrad par les forces nazies. Il avait à cette occasion placé sur le même plan les souffrances des peuples russes et l’Holocauste. Les dirigeants israéliens l’avaient applaudi. Parmi eux, le premier ministre israélien, dont le père, Bension Nétanyahou, fut un grand historien académique et un militant du sionisme révisionniste, un courant politique juif nationaliste et anticommuniste.