Former un gouvernement, la mission impossible de Nétanyahou (Thierry Oberlé – Le Figaro)

Le président Rivlin a certes estimé que le leader du Likoud avait un peu plus de chances de former une coalition que son rival centriste Benny Gantz, mais la probabilité qu’il y parvienne reste très faible. D’autant que le premier ministre sortant doit être entendu sous peu par le Procureur général dans trois dossiers de corruption.

L’échec des négociations pour la formation d’un gouvernement d’union nationale a conduit mercredi soir le président israélien Reuven Rivlin à confier la tâche au leader du Likoud, Benyamin Nétanyahou, de chercher à dégager une majorité au Parlement pour diriger le pays. Il a estimé que les chances d’aboutir de l’actuel premier ministre sont légèrement meilleures que celles de son rival de l’opposition, Benny Gantz. Dans ce jeu serré, Benyamin Nétanyahou, fort de son expérience du pouvoir exercé depuis dix ans sans interruption, dispose d’un bloc homogène de 55 députés issus de la droite, de l’extrême droite et du camp ultraorthodoxe, alors que le seuil à atteindre pour valider une équipe gouvernementale est de 61 appuis. Benny Gantz, le chef de file des Bleu et Blanc, le parti de centre gauche, pouvait compter pour sa part sur 54 députés, mais dix d’entre eux – ceux des partis arabes – lui accordent un soutien sans participation.

Il ne reste donc au chef du gouvernement actuel que l’option du ralliement individuel, pour l’instant improbable, de députés centristes.

Benyamin Nétanyahou a accepté la charge en rappelant qu’Israël doit serrer les rangs en raison de «menaces existentielles», comme le programme nucléaire iranien. Il aura, au-delà des discours, de grandes difficultés à parvenir à ses fins. Le parti charnière Israël Beytenou du russophone laïc et nationaliste Avigdor Lieberman n’est pas prêt à le rejoindre, en raison de son alliance avec les mouvements ultraorthodoxes. Devenu plus un défaiseur qu’un faiseur de roi, Avigdor Lieberman a choisi l’attentisme et une forme d’isolement. Il ne reste donc au chef du gouvernement actuel que l’option du ralliement individuel, pour l’instant improbable, de députés centristes. Cette impasse pourrait conduire à un troisième scrutin en moins d’un an. L’autre option est de permettre à Benny Gantz à tenter sa chance à son tour, en tablant sur un ralliement en sa faveur d’Avigdor Lieberman.

L’équation est encore compliquée par les affaires judiciaires qui sont le boulet de Benyamin Nétanyahou. Il doit être entendu le 2 et 3 octobre par le Procureur général d’Israël à propos de trois dossiers de corruption présumée et risque d’être inculpé avant la fin de l’année. Dans sa quête vaine d’un scénario de sortie de crise, le président Reuven Rivlin avait imaginé un gouvernement d’unité entre le Likoud et Bleu et Blanc, incluant un mécanisme qui aurait mis hors jeu Benyamin Nétanyahou s’il devait être confronté à un procès. Benny Gantz comme son rival semblaient favorables au principe d’une rotation du poste de premier ministre, mais les deux impétrants ne pouvaient pas s’entendre sur la question de qui serait le premier à entrer en piste. Le parti Bleu et Blanc refusait également de partager le pouvoir avec les ultraorthodoxes qui exercent, selon ses ténors, une coercition religieuse sur la société, en imposant un strict respect du shabbat et des mariages religieux et non civils.