Face au coronavirus, l’Iran et les Émirats arabes unis ont mis entre parenthèses leurs désaccords (Georges Malbrunot – Le Figaro)

Abu Dhabi est venu au secours de l’Iran en acheminant d’urgence lundi deux avions transportant 32 tonnes de fournitures médicales.

Dans la vague de sinistrose qui submerge la planète, une lueur d’espoir est venue de là où on l’attendait le moins. À l’offensive contre l’Iran et ses ambitions nucléaire et régionale, les Émirats arabes unis ont mis entre parenthèses leur hostilité à l’égard de leur voisin, pour porter secours à la République islamique, troisième pays au monde le plus touché par la pandémie.

Abu Dhabi a acheminé d’urgence lundi deux avions transportant vers l’Iran 32 tonnes de fournitures médicales, y compris des gants, des masques et des équipements de protection. Un matériel qui manque cruellement dans un pays déjà frappé par de très sévères sanctions économiques.

«L’aide des Émirats à l’Iran reflète les principes humanitaires sur lesquels notre pays a été fondé, a souligné Reem Bint Ibrahim al-Hashemi, la ministre d’État en charge de la Coopération internationale. Livrer de l’aide pour sauver des vies est essentiel pour servir l’intérêt commun.»

C’est la deuxième fois depuis le début de l’épidémie, qui a causé la mort de 853 personnes en Iran et infecté 15. 000 autres, que les Émirats, encore assez peu touchés, tendent la main à leur voisin de l’autre rive du golfe Persique. Il y a quinze jours, pour faciliter une mission d’assistance de l’Organisation mondiale de la santé, les Émirats dépêchèrent depuis Dubaï un cargo militaire transportant 7,5 tonnes d’équipements médicaux à destination de Téhéran.

Détente entre voisins

Autre signe de détente entre voisins, dimanche, le chef de la diplomatie émirienne, Cheikh Abdallah Ben Zayyed, a téléphoné à son homologue iranien, Javad Zarif, pour lui présenter ses condoléances. Cheikh Abdallah a tenu à exprimer «le soutien des Émirats envers le peuple iranien», en soulignant «la nécessité d’adopter une réponse globale» à ce type de fléau. Des dizaines de milliers d’Iraniens sont installés à Dubaï, qui a longtemps été le point de passage pour commercer à partir ou avec l’Iran. Mais, depuis un an, les relations se sont tendues entre les deux pays. En juin, des attaques de tankers ont eu lieu dans les eaux du golfe Persique au large des Émirats. Elles ont été imputées à l’Iran, qui manifestait ainsi sa colère face à la «politique de pressions maximales» américaine décidée par Donald Trump contre Téhéran, avec notamment l’interdiction d’exporter du pétrole, ce qui assécha les revenus de la République islamique. Bon gré, mal gré, les Émirats se plièrent à la fermeté de leur allié américain, tout en ménageant l’Iran lors de discrets contacts en coulisses.

«Compte tenu des liens qui unissent les deux rives du Golfe, l’aide des Émirats n’a rien d’extraordinaire, analyse Marc Martinez, expert du Golfe longtemps basé à Dubaï. Historiquement, les monarchies du Conseil de coopération du Golfe ont souvent soutenu l’Iran quand il a été confronté à des tremblements de terre ou des inondations.»

Face à la propagation rapide du Covid-19 en Iran, le Koweït et le Qatar ont également apporté une aide à Téhéran, mais pas l’Arabie saoudite, l’ennemi juré de l’Iran. «Les Émirats assistent et discutent avec l’Iran, alors que l’Arabie accuse Téhéran d’être responsable de la crise sanitaire et de sa propagation au Moyen-Orient», constate Marc Martinez. «Les Iraniens sauront se rappeler qui leur a tendu la main dans les moments difficiles, ajoute-t-il. Les Émirats sèment en pensant à leur avenir.»

En cas d’affrontement entre les États-Unis et l’Iran, Téhéran n’a jamais caché que les monarchies du Golfe, alliées de Washington, seraient des cibles.