Les États-Unis ouvrent sous les ovations leur ambassade à Jérusalem (Marc Henry – Le Figaro)

Les Etats-Unis ont officiellement inauguré leur nouvelle ambassade en Israël, réalisant une promesse du président Donald Trump.

Les sanglantes émeutes dans la bande de Gaza ont lourdement pesé lors de l’inauguration de l’ambassade américaine à Jérusalem. Cet événement «historique» que les Israéliens attendaient depuis 70 ans s’est déroulé au moment même où des affrontements meurtriers avaient lieu à la frontière entre Israël et Gaza. Les télévisions et radios ont dû se livrer à d’incessants allers-retours entre Jérusalem et Gaza. Jared Kushner, le gendre et conseiller de Donald Trump, accompagné d’Ivanka Trump n’a pu s’empêcher devant les 800  invités de faire allusion aux islamistes du Hamas «qui prônent la violence et ne peuvent faire partie d’une solution, car ils font partie du problème comme nous pouvons le constater aujourd’hui». Benyamin Nétanyahou a pour sa part profité de l’occasion pour rendre un vibrant hommage à «nos braves soldats qui protègent nos frontières».

Malgré ces nuages, la cérémonie s’est déroulée comme prévu dans un style américain avec en prime un message vidéo de Donald Trump, des discours de Jared Kushner, qui a célébré Jérusalem comme «le cœur éternel du peuple juif», et de Benyamin Nétanyahou sur la même longueur d’onde. Par précaution des centaines de policiers israéliens avaient été déployés autour du bâtiment de l’ambassade, qui servait jusqu’à présent de consulat américain afin de l’isoler d’un quartier arabe voisin d’où pouvaient partir d’éventuelles manifestations. Un pasteur et un rabbin américains ont aussi pris la parole. Tous les discours ont été ponctués d’ovations debout à répétition. Une plaque et un sceau sur lequel figure bien en évidence le nom de Donald Trump ont été dévoilés. Bref, le cérémonial a été respecté.

Mais à l’extérieur, du côté des Israéliens, l’heure était plutôt à une satisfaction discrète. Personne n’est sorti danser de joie dans les rues, dont certaines étaient pavoisées de drapeaux américains ou de pancartes à la gloire de Donald Trump. À titre anecdotique, un petit magasin du centre-ville proposait pour l’occasion des kippas avec l’effigie du président américain. Mais comme l’a reconnu le patron, les ventes n’ont pas été à la hauteur des espérances. Des responsables du Beitar Jerusalem l’équipe de football de la ville a suggéré de changer le nom du club, dont certains supporteurs sont connus pour leurs débordements anti-arabes, en «Betar Trump Jerusalem». Mais leur initiative a toute chance de faire long feu. Le nom du président américain est une marque déposée qu’il est impossible d’utiliser à sa guise.

Naftali Bennett, le ministre de l’Éducation a sans doute bien résumé le sentiment général des Israéliens en affirmant que les États-Unis ne faisaient que rendre justice à Israël. «Nous avons cessé d’être un État de second ordre», a-t-il affirmé en rappelant qu’il avait fallu des décennies pour que Jérusalem soit reconnue comme capitale de l’État hébreu. Une pointe d’inquiétude politique affleure également. Nombre de commentateurs se demandent qu’elles pourraient être les concessions que Donald Trump pourrait exiger d’Israël vis-à-vis des Palestiniens. Interrogés sur ce point, Benyamin Nétanyahou et ses ministres pratiquent l’esquive en se contentant de proclamer que le président américain ne portera jamais atteinte à la sécurité d’Israël.

Donald Trump a fait savoir dans sa vidéo que s’il était bien le premier président américain à avoir reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël, il n’avait pas renoncé pour autant à être aussi celui qui parrainera un accord entre Israël et les Palestiniens. «Notre plus grand espoir est celui de la paix. Les États-Unis restent pleinement engagés à faciliter un accord de paix durable», a-t-il assuré.

Reste toutefois à trouver un partenaire pour négocier. Mahmoud Abbas, le président palestinien boycotte les États-Unis depuis l’annonce en décembre du transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem. Les Palestiniens, qui représentent pas moins de 38 % de la population de Jérusalem, ont le sentiment que leur rêve de voir un jour la partie arabe de la ville devenir la capitale de leur futur État qu’ils appellent de leurs vœux relève plus que jamais du mirage. Leur amertume est d’autant plus forte que la Maison de l’Orient, qui a servi un temps d’ambassade officieuse de l’Autorité palestinienne à Jérusalem-Est, a été fermée par Israël en 2001 et n’a pas la moindre chance de rouvrir avec le gouvernement israélien actuel.