Pour les États-Unis, endiguer l’influence de l’Iran reste une priorité (Georges Malbrunot – Le Figaro)

Si le mot d’ordre américain concernant Téhéran n’est plus au changement de régime, la volonté américaine de mettre la république islamique à genoux reste intacte.

À l’été 2017, à ses amis opposants iraniens, les Moudjahidins du peuple réunis à Paris, John Bolton promettait que le régime de Téhéran ne fêterait pas son 40e anniversaire. La prévision du faucon, qui allait devenir quelques mois plus tard conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, a peu de chances de se réaliser. La République islamique s’apprête à célébrer en février ses 40 ans, et contrairement à ce qu’affirme Bolton, aucune alternative crédible ne se dessine, ni en Iran, ni hors de ses frontières. Mais, asphyxiés par les sanctions imposées par Washington, confrontés au départ des sociétés étrangères qui ont cédé aux menaces de rétorsions américaines, les Iraniens n’ont guère le moral, comme en témoigne la persistance de manifestations à travers le pays.

Si le régime ne va pas tomber dans les prochains mois, la volonté américaine de le mettre à genoux reste intacte. Et si à Washington, le mot d’ordre n’est plus au regime change, le «changement de comportement» de Téhéran au Moyen-Orient reste la priorité dans le cadre d’une stratégie d’endiguement de son influence. Comment l’Iran, affaibli, y répondra-t-il en 2019?

En Syrie, où Téhéran et les milices qui en sont proches ont aidé Bachar el-Assad à rester au pouvoir, l’annonce du retrait américain du nord-est du pays est une aubaine. En abandonnant les Kurdes, les Américains renforcent l’influence chiite sur un arc allant de Bagdad à Beyrouth.

En abandonnant les Kurdes, les Américains renforcent l’influence chiite sur un arc allant de Bagdad à Beyrouth

«Après un soutien extrêmement conséquent, coûteux et efficace, la République islamique envisage désormais de toucher les dividendes de son engagement victorieux, estime un diplomate. Elle ambitionne de reconstruire un corridor routier reliant l’Iran à la Méditerranée, inscrivant définitivement son action en Syrie dans une logique plus géostratégique qu’idéologique ou religieuse.» Une dynamique qui la mettrait en contact direct avec trois domaines maritimes clés (Golfe, Caspienne et Méditerranée).

Pour garder ce corridor, Téhéran a démarré la construction de bases militaires sur le territoire syrien, provoquant en 2018 une montée des tensions avec Israël. «Les actions préventives et de rétorsion de l’armée israélienne ne pourront donc qu’augmenter et durer», prévient un expert militaire.

Le départ prochain également des forces américaines de leur base d’al-Tanf, sur la route Damas-Bagdad, facilitera sa réoccupation par les troupes syriennes, verrouillant encore plus l’influence iranienne. Même si sous pression russe et israélienne, l’Iran a dû reculer en 2018 du Sud syrien.

Faire le dos rond

La présence iranienne en Syrie, jusqu’ici cantonnée à des objectifs militaires, tend à devenir également une présence économique, Téhéran cherchant désormais à se positionner en maître d’œuvre de la reconstruction. Cependant, la reprise des relations diplomatiques entre Damas et un certain nombre de pays arabes pourrait réduire la marge de manœuvre de l’Iran chez son allié syrien. Les Émirats arabes unis, Bahreïn et l’Égypte réinvestissent la Syrie pour ne plus laisser Téhéran seul à la manœuvre. L’argent du Golfe contre la fin de l’alliance Damas-Téhéran? Non. Assad ne renoncera pas à ses alliés historiques iraniens, indispensables à sa survie, mais il peut – poussé par la Russie – les inciter à des replis tactiques.

«La guerre en Syrie nous a donné une profondeur stratégique que nous n’avions pas avant»

Un proche de Cheikh Nasrallah, le chef du Hezbollah

La stratégie américaine d’endiguement de l’Irans’applique également au Hezbollah libanais, frappé lui aussi au portefeuille. Mais jamais l’Iran ne renoncera à la défense de son allié qui lui donne cet accès à la Méditerranée, si longtemps recherché. «Et si jamais l’Iran ou le Liban sont attaqués, confie un proche de Cheikh Nasrallah, le chef du Hezbollah, les ripostes ne viendront pas uniquement d’Iran et du Liban, mais des missiles seront également tirés de Syrie et d’Irak. La guerre en Syrie nous a donné une profondeur stratégique que nous n’avions pas avant.» En août, l’agence Reuters révélait que l’Iran avait livré des missiles balistiques à des milices chiites alliées en Irak et y développe des capacités de production pour protéger ses intérêts et se donner les moyens de riposter à une attaque de ses ennemis dans la région.

Cependant en Irak, Téhéran doit veiller à ne pas susciter davantage d’antagonismes parmi les chiites du Sud, qui vivent mal les pressions iraniennes. Bref, si l’Iran est affaibli, Téhéran garde une indéniable capacité de projection hors de ses frontières. «L’Iran fait le dos rond et mise sur un départ de Trump dans deux ans, décrypte le diplomate. En attendant, Téhéran est prêt à faire un geste au Yémen. Et en Arabie, il laisse le prince héritier Mohammed Ben Salman empêtré dans ses problèmes».