Entre le Mossad et les Français, des relations étroites et tendues (Vincent Nouzille – Le Figaro)

Depuis Nicolas Sarkozy, les services secrets israéliens ont opéré un rapprochement avec les autorités françaises, contribuant à déjouer plusieurs tentatives d’attentat. Mais la méfiance reste de mise.

«Le Mossad nous impressionne et nous agace.» Cette confidence d’un ancien patron du renseignement intérieur français illustre parfaitement l’ambivalence des relations entre les services tricolores et leurs homologues israéliens. Des relations anciennes qui ont débuté dans un climat de bonne entente. Le Mossad a naguère aidé le SDECE et la DST (ancêtres de la DGSE et de la DGSI) à combattre les réseaux des indépendantistes durant la guerre d’Algérie. Le patron du service, Isser Harel, a également fait prévenir le général de Gaulle d’un projet d’attentat contre lui en mars 1961.

Mais, lorsque le président français a dénoncé Israël au moment de la guerre des Six-Jours, en juin 1967, et décrété un embargo sur les exportations d’armes, le Mossad a monté des opérations pour contourner ce blocage. Furieux, de Gaulle a exigé le départ des agents du Mossad du territoire. Ensuite, le rapprochement des Français avec les Palestiniens, sous Giscard et Mitterrand, a sérieusement contrarié les officiels israéliens. Leurs agents ont même assassiné en plein Paris Atef Bseiso, un des dirigeants de l’OLP proche de Yasser Arafat, le 28 juin 1992, alors qu’il venait secrètement discuter avec ses interlocuteurs de la DST! «Notre directeur, Jacques Fournet, a appelé le patron du Mossad pour lui exprimer sa colère», se souvient un ancien de la DST.

Soupçons d’infiltration

L’ambiance s’est réchauffée sous l’égide de Nicolas Sarkozy à partir de 2008. Bernard Squarcini, directeur du renseignement intérieur, est allé rencontrer son collègue du Mossad, Meïr Dagan. En 2010, les services français ont coopéré avec les Israéliens pour manipuler un ingénieur syrien de passage à Paris. Le Mossad a notamment mis sur pied un dispositif sophistiqué de surveillance, via des sociétés écrans et des hôtels qu’il contrôle dans la capitale. Cependant, cette opération appelée «Ratafia», révélée en 2017 par Le Monde, a donné lieu à des soupçons d’infiltration des services français par le Mossad, ce qui a déclenché une enquête judiciaire, toujours en cours. Plusieurs agents israéliens ont été priés de quitter la France. «Le Mossad a exagéré et nous leur avons fait passer le message», confie un initié. Une autre enquête, ouverte en 2017 mais qui n’a pas eu de suites, a visé un officier de la marine française qui aurait été dragué par une espionne présumée du Mossad, laquelle se présentait comme consultante.

Officiellement, la coopération entre les services des deux pays n’a jamais été aussi étroite, notamment pour lutter contre le terrorisme. Depuis 2015, plusieurs attentats ont ainsi été déjoués, en partie grâce à des renseignements transmis par le Mossad: par exemple le démantèlement par la DGSI, en novembre 2016, à Marseille et à Strasbourg, d’une cellule de djihadistes de l’Etat islamique soupçonnés de vouloir passer à l’action. Ainsi que l’arrestation, fin juin 2018, en Belgique, de deux Iraniens suspectés de préparer un attentat lors d’un rassemblement d’opposants iraniens à Villepinte. Dans les faits, chacun continue pourtant de surveiller l’autre du coin de l’œil…