Ce que nous enseigne la « crise des portiques »

Alors que les incidents avaient considérablement diminué ces derniers mois à Jérusalem et en Cisjordanie – notamment le nombre d’attaques au couteau des Palestiniens depuis octobre 2015 -, l’assassinat des deux policiers israéliens Hayil Satawi et Kamil Shanaan sur le Mont du a été le point de départ d’une spirale de violence de grande ampleur. S’il ne s’agit pas de la première fois qu’une mesure sécuritaire israélienne dans ce secteur conflictuel sert de prétexte à un embrasement souvent incontrôlable, cette fois, le spectre d’une nouvelle intifada resurgit.

Rappel des faits

Le 14 juillet dernier, deux policiers israéliens sont tués par trois Arabes Israéliens avant d’être eux-mêmes abattus sur le Mont du Temple. Une enquête, conduite immédiatement après l’attentat dans les mosquées de l’esplanade, révèle la présence de caches d’armes et la complicité de certains membres du Waqf, l’organisation jordanienne en charge des lieux de prière musulmans. Israël décide donc d’installer des détecteurs de métaux, provoquant l’ire des Palestiniens. En signe de protestation, les fidèles musulmans décident de ne plus prier plus sur le site mais à l’extérieur, dans la vieille ville.

Les portiques, prétexte à l’escalade de la violence et au terrorisme

Près de Hébron en Cisjordanie, un Palestinien de 30 ans fonce sur deux soldats israéliens. Le 21 juillet, point d’orgue des violences, les autorités israéliennes décident d’interdire l’entrée à la vieille ville aux hommes de moins de 50 ans. S’en suit une journée d’affrontements d’une rare violence qui fait trois morts côté palestinien. Dans la bande de Gaza, 40 Palestiniens sont blessés, après de vives altercations. Mahmoud Abbas annonce alors la rupture de tout contact avec Israël, notamment la coopération sécuritaire. Plus tard dans la soirée, un Palestinien de 20 ans, Omar al-Abed, s’infiltre dans une maison de la communauté d’Halamish, à proximité de Ramallah, et assassine trois membres d’une même famille qui célébrait le shabbat.

La rue palestinienne s’embrase aussitôt pour célébrer cet assassinat, chantant et distribuant des sucreries, tandis que le Hamas glorifie l’acte « héroïque » d’Omar al-Abed. De leur côté, la police et l’armée israélienne, contraintes de barrer les violences de milliers de manifestants, armés de lance-pierres, de bombes artisanales et de cocktails Molotov, font plusieurs victimes. Le chef de l’autorité palestinienne Mahmoud Abbas continue d’inciter à la révolte, tandis que son parti, le Fatah, et plusieurs membres arabes de la Knesset menacent d’une nouvelle intifada, si les portiques de sécurité ne sont pas retirés et annonce le gel de la coopération sécuritaire avec Israël.

Alors qu’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies se tient le 24 juillet à la demande de la France, de la Suède et de l’Egypte, les violences se poursuivent.

La réaction inattendue de Benyamin Netanyahou

Il est rare que Benyamin Netanyahou fléchisse face aux Palestiniens de Jérusalem-Est et l’Autorité palestinienne. Pourtant, malgré ses proclamations sécuritaires, Israël décide de démanteler mardi soir les portails de sécurité installés devant le Haram al-Sharif, l’« esplanade des Mosquées ». Le lendemain, des barrières Nadar et des caméras de surveillance, installées en même temps que les portiques pour mieux surveiller les fidèles se rendant aux différents offices de la journée, sont également enlevées. Cette décision est prise alors qu’un sondage publié au début de la semaine montrait que 77 % des Israéliens sont hostiles à ce démantèlement et qu’ils préfèrent utiliser la manière forte face aux Palestiniens.

A qui profite cette vague de violence ? Quel risque pour Israël ? 

Israël accuse Mahmoud Abbas, qui a déclaré vouloir cesser toute coopération avec Israël de surenchère, dans le but d’apparaître comme l’instigateur de cette nouvelle vague de violence. A Gaza, le Hamas lui reproche de prendre des décisions absurdes puisqu’il n’autorise pas pour autant les insurrections armées dans les territoires qui sont sous son contrôle mais semble toutefois surpris de voir le leader du Fatah inciter à une nouvelle intifada. Les deux frères ennemis peuvent-ils dépasser leurs rivalités pour une même cause? « La mosquée Al-Aqsa ne mérite-t-elle pas que nous joignons nos aspirations nationales pour la défendre, et pour le futur du peuple palestinien », s’interroge Azzam al-Ahmad, proche de Mahmoud Abbas ? Al-Aqsa est en effet l’une des seules causes, qui dépasse les factions et puisse cimenter les Palestiniens. Elle une sorte de ralliement obligatoire pour les musulmans, dirigeants ou opinions publiques.

Si la crise se poursuit, elle  pourrait sans doute contrarier la stratégie diplomatique de rapprochement progressif avec les pays sunnites dits modérés dont le Premier ministre, Benyamin Netanyahou, se félicite et qui repose sur des intérêts partagés, dans la lutte contre le djihadisme et la confrontation avec les ambitions hégémoniques prêtées à l’Iran. Mais pour l’heure, les critiques de la Ligue arabe ont été tardives et modérées. Les pays sunnites, accaparés par l’affaire du Qatar, ne souhaitent pas qu’un nouveau front religieux s’ouvre à Jérusalem.