Emmanuel Macron, French doctor au Moyen-Orient

Pour la diplomatie française, absente depuis longtemps de la scène moyen-orientale, l’exfiltration de Saad Hariri d’Arabie saoudite vers la France, puis son retour au Liban, constitue un succès. L’initiative d’Emmanuel Macron a permis au Premier ministre libanais de sortir honorablement d’une crise majeure, tout en protégeant les Saoudiens de la réprobation internationale. Elle s’explique aussi par les liens privilégiés qu’a développés Jean-Yves Le Drian, ministre des affaires étrangères, avec Mohammed Ben Zayed, homme fort des Emirats arabes unis, et Mohammed Ben Salmane, prince héritier d’Arabie saoudite, alors qu’il était ministre de la Défense, sous la présidence de François Hollande.

Depuis son élection, Emmanuel Macron n’a cessé de clamer sa volonté « de parler à tout le monde », et d’assurer un rôle de médiateur. Ainsi, contrairement aux Etats-Unis, il entretient des relations avec tous les acteurs de poids de la région, y compris l’Iran et le Hezbollah, la milice chiite libanaise. Au Liban, pays tiraillé entre l’influence des deux frères rivaux de l’islam, le chiisme et le sunnisme, la France est parvenue a exercé – ponctuellement – son influence. Mais compte tenu de l’ampleur des tensions actuelles, parviendra-t-elle à s’imposer comme un acteur incontournable ?

Depuis plusieurs semaines déjà, le chef de l’Etat français souhaitait s’entretenir avec Mohammed Ben Salmane, âgé de 32 ans, pour le rassurer sur la solidité du lien stratégique franco-saoudien, avant de se rendre à Téhéran, pour tenter de sauver l’accord sur le nucléaire de juillet 2015, menacé par l’administration Trump. Ce déplacement n’a pas été sans irriter la monarchie islamique. Le prince héritier d’Arabie, ouvertement soutenu par Donald Trump, est en guerre ouverte avec l’Iran, et est déterminé à affaiblir le Hezbollah. Cette rivalité entre Riyad et Téhéran, qui façonne les alliances régionales, s’est accentuée depuis l’effondrement de l’Etat islamique en Irak et Syrie. Elle coïncide aussi avec une progression des milices chiites pro-iraniennes. 

C’est donc au milieu de cet équilibre précaire que la France entend jouer les arbitres. Au Liban, elle a toujours considéré que l’existence d’une communauté chrétienne dans la région était un atout pour ses intérêts géopolitiques et économiques et a notamment exercé un mandat sur la nation libanaise naissante, et est intervenue à plusieurs reprises pour la défendre au cours de son histoire mouvementée. Elle a été la terre d’exil pendant quinze ans de l’actuel président libanais, Michel Aoun. Saad Hariri a lui-même vécu en France entre ses deux mandats de chef du gouvernement, alors qu’il incarnait l’opposition politique dans son pays. Quant à son son père, Rafic Hariri, il fut l’ami intime de Jacques Chirac pendant 30 ans. Ce dernier fut d’ailleurs le seul dirigeant occidental à se rendre à ses obsèques après son assassinat en 2005.

Pour l’heure, si l’intervention française a permis momentanément d’éviter des débordements, sa portée reste limitée, en témoigne la déclaration du président iranien, Hassan Rohani, sur l’importance du Hezbollah, lors d’un entretien téléphonique avec Emmanuel Macron : « Le Hezbollah fait partie du peuple libanais, il est très populaire dans ce pays et son armement est défensif et sert à contrer d’éventuelles attaques contre le Liban ». Le président français a souligné la nécessité à ses yeux de « préserver la stabilité et la souveraineté du Liban », car il est clair que dans un contexte de désescalade en Irak et en Syrie avec la chute du Califat, un regain de violence au Liban entre pro-Saoudiens et pro-Iraniens, mais aussi entre le Hezbollah et Israël, serait dramatique pour la région.

Docteur en science politique, spécialiste du Proche-Orient et des questions de Défense, Sarah Perez est chercheur et consultante risque-pays. Elle est l'auteur de Iran-Israël: une guerre technologique, Les coulisses d'un conflit invisible.