Elections législatives israéliennes du 17 mars 2015 : Bilan et perspectives

Si les élections israéliennes défient généralement les sondages, les résultats des législatives du 17 mars dernier en ont surpris plus d’un. Tandis que les commentateurs prédisaient un piètre score pour le Likoud, Benyamin Netanyahou est parvenu à convaincre ses électeurs dans une campagne « éclair » axée sur les menaces sécuritaires auxquelles Israël doit faire face et qui lui a permis de glaner des voies, au détriment des autres partis de droite, en particulier le Foyer juif de Naftali Bennett et la droite dure Yahad.

Au-delà de la surprise suscitée par la victoire du Likoud, ces élections soulignent certaines constantes de la vie politique israélienne : la force de la démocratie israélienne, imparfaite mais unique au Moyen-Orient ; la vigueur du débat au sein de la société et enfin l’inquiétude sécuritaire qui prend plus que jamais le dessus sur les questions socio-économiques. Au niveau international, la victoire de Netanyahou, qui est pourtant le fruit de la volonté du peuple israélien, a vivement été critiquée ou dramatisée par l’ensemble des médias, comme si elle était inacceptable, comme si Netanyahou était responsable de tous les maux d’Israël. Il est paradoxal de saluer la démocratie israélienne et condamner les Israéliens pour leur choix.

ELNET vous propose de mettre en perspective les résultats des dernières élections afin de mieux comprendre les enjeux auxquels Israël devra faire face et les défis à relever dans le futur.

Les enjeux des élections législatives

En quête d’une nouvelle coalition sans les centristes, Benyamin Netanyahou a souhaité programmer des élections et dissoudre le Parlement, suite au limogeage de ses deux ministres Tzipi Livni et Yair Lapid, respectivement chargés de la justice et des finances.

Le système électoral israélien est un système de représentation proportionnelle pure. Depuis les origines de l’Etat, à l’époque où le Yishouv (foyer national juif en Palestine avant la proclamation de l’Etat d’Israël du 14 mai 1948) avait obtenu l’autogouvernement, la représentation proportionnelle a été adoptée. Elle paraissait évidente aux pères fondateurs de l’Etat car elle rassemblait tous les Juifs dont les origines étaient diverses : laïques, religieux, socialistes, libéraux, Séfarades, Ashkénazes, etc. L’objectif fixé – créer un Etat juif, une société́ juive démocratique – impliquait la participation, de chacun. Tous ces groupes, toutes ces tendances devaient être représentés à la Knesset. La société israélienne est hétérogène – plus de 70 pays différents – mais elle aspire à former un ensemble unifié. Dans ce système électoral, l’ensemble du pays constitue une seule circonscription.

Sécurité et identité : les deux thématiques de la campagne

Durant la campagne des différents partis, force est de constater qu’aucun candidat ne s’est véritablement engagé sur des sujets de fond en proposant des mesures concrètes. Seules deux thématiques ont émergé : les questions sécuritaires et les problèmes socio-économiques. Israël concentre à lui seul toutes les menaces géopolitiques que notre monde connait : porosité des frontières, conflits asymétriques, terrorisme, menace nucléaire, enjeux énergétiques etc. Les résultats du 17 mars 2015 ont une fois encore prouvé que les craintes sécuritaires des Israéliens l’emportent sur les questions économiques et sociétales.

Au lendemain de son triomphe électoral, Benyamin Netanyahou a affirmé qu’il s’engageait à assurer « prospérité et sécurité » aux Israéliens. C’est en effet en misant sur les risques sécuritaires qu’il est parvenu à rallier son électorat. La notion de sécurité est une valeur fondatrice de l’État qui repose sur le droit de tout juif de s’en voir assuré, et un objectif à atteindre face à la menace permanente. La guerre de l’été 2014 a montré une fois encore que les Israéliens peuvent être attaqués à tout instant et que plus personne n’est à l’abris. A cette menace du Hamas, s’ajoute celle constituée par l’axe Hezbollah-Syrie-Iran qui disposerait de plus de 100.000 missiles capables d’atteindre l’ensemble du territoire israélien. Le système de défense antimissiles Iron Dome, qui a largement montré son efficacité durant l’été contre les roquettes du Hamas, ne pourrait pas répondre à des milliers de fusées tirées dans la même journée depuis le sud Liban.

Au nord, le Hezbollah pourrait ouvrir un second front sur le Golan, le long de la frontière syrienne. Ses miliciens sont de plus en plus nombreux au pied du mont Hermon et ont déjà mené quelques attaques contre Tsahal ces derniers mois. Un danger pris très au sérieux par l’establishment militaire israélien.

Le rejet international de Netanyahou à l’origine de sa victoire

Les Israéliens n’aiment ni être critiqués, ni être rejetés. La plupart d’entre eux se sont sentis attaqués par l’opinion internationale lorsque Netanyahou a été malmené par les médias. Benyamin Netanyahou incarne le combat d’Israël pour faire valoir sa légitimité. Les Israéliens ont par leur vote démontré qu’ils ne pouvaient faire abstraction de la violence qui se déploie aux frontières. Car si les Etats-Unis et les Européens saluent le caractère démocratique de l’Etat hébreu, ils semblent condamner les choix du peuple israélien.

Jamais dans l’histoire récente, les relations n’ont été aussi mauvaises entre l’administration américaine et les dirigeants israéliens. Lors de son dernier passage à Washington, Benyamin Netanyahou a été invité par le Congrès à majorité républicaine, mais ostensiblement boudé par la Maison Blanche. Un mois plus tôt, comme pour mieux indiquer où allait sa préférence, le vice-président américain Joe Biden s’était entretenu avec le candidat travailliste Isaac Herzog.

Les responsables américains ne cachent plus leur agacement face à la fermeté du Premier ministre israélien sur l’Iran et à sa non complaisance vis-à-vis des Palestiniens. Par conséquent, Benyamin Netanyahou est tenu à l’écart par son grand allié dont le soutien est pourtant indispensable. Il ne peut espérer peser sur le cours des pourparlers que par l’intermédiaire de ses alliés républicains à la Chambre et au Sénat. Au risque de se couper un peu plus du président Barack Obama. Ce dernier a attendu 48h avant de féliciter Netanyahou, ce qui en dit long sur l’état des relations entre les deux hommes.

Les rapports avec l’Europe se sont également distendus. Fin 2014, la Suède a reconnu la Palestine en tant qu’Etat. Les Parlements britannique, irlandais et français ont appelé leur gouvernement respectif à faire de même. Par ailleurs, les hommes d’affaire israéliens sont de plus en plus préoccupés par les appels au boycott et aux sanctions lancés un peu partout, qui pourraient avoir des conséquences économiques sérieuses pour le pays.

A l’annonce des résultats, l’Union européenne a félicité Benjamin Netanyahu pour sa victoire aux élections, l’appelant à un « leadership audacieux » pour relancer le processus de paix. «L’UE s’engage à travailler avec le nouveau gouvernement israélien à une relation mutuellement bénéfique, ainsi qu’à une relance du processus de paix », a déclaré la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, dans un communiqué.

Etat des lieux de la nouvelle Knesset

L’Union sioniste a obtenu le plus grand nombre de votes dans 28 des 33 villes les plus riches du pays, tandis que le Likoud disposait d’une majorité décisive dans les localités juives de classe moyenne à inférieure (64 de ces 77 villes). Le Likoud a également remporté une large victoire dans les implantations juives de Cisjordanie ainsi que dans les localités israéliennes limitrophe de Gaza comme Sderot ou encore Ashkelon. Netanyahou est apparu comme celui qui est le plus à même de faire face à un monde de plus en plus menaçant.

Alors que le Premier ministre israélien a obtenu le soutien de 67 parlementaires, les partis se sont engagés dans un marathon intensif de marchandage pour obtenir les prestigieux portefeuilles de la Défense et des Affaires étrangères convoités par Avigdor Lieberman et Naftali Bennett qui présentent cette requête comme une condition sine qua non de leur participation à la coalition. Mais Netanyahou doit aussi satisfaire des ministres du Likoud, qui exigent qu’il conserve les portefeuilles au sein du parti.

La 20e Knesset, qui a le plus grand nombre de femmes élues (29) depuis la création de l’Etat d’Israël en 1948, selon les résultats finaux des législatives publiés par la commission électorale, se compose comme suit :

  • –  Likud: 30 sièges (23,40 % des votes) ;

  • –  Koulanou (« Nous tous » – Centre droit) : 10 sièges (7,49 % des votes) ;

  • –  HaBayit HaYehudi (« Le Foyer juif » – Droite religieuse) : 8 sièges (6,74 % des

    votes) ;

  • –  Yahadout HaTorah (« Judaisme unifié de la Torah » – ultra-orthodoxe ashkénaze) : 6

    sièges (5,03 % des votes) ;

  • –  Yisraël Beiteinu (« Israël notre maison » – nationaliste) : 6 sièges (5,11 % des votes) ;

  • –  Union sioniste (Centre gauche) : 24 sièges (18,67 % des votes) ;

  • –  Yesh Atid (« Il y a un futur » – Centre) : 11 sièges (8,81 % des votes) ;

  • –  Meretz ( « Energie » – Gauche) : 5 sièges (3,93 % des votes) ;

  • –  Liste arabe unie : 13 sièges (10,54 % des votes).

     

En Israël, la personnalité d’un homme politique compte moins que sa capacité à former une coalition gouvernementale. Netanyahou va chercher une multitude de petits partis au centre, à droite, sans oublier les formations orthodoxes pour former une coalition. Car ces derniers seront moins exigeants que s’il s’alliait avec les travaillistes et il aura ainsi les coudées plus franches.

Le prochain Premier ministre sera d’abord appelé à faire face à l’offensive diplomatique palestinienne. Il devra aussi gérer les relations dégradées avec le grand allié américain. Car si sur le plan militaire, économique et technologique, les rapports entre Israël et les Etats-Unis sont étroits, les relations se sont clairement rafraîchies entre Obama et Netanyahou. Un dialogue plus serein semble nécessaire pour ne pas demeurer dans ce statu quo.

Netanyahou a d’ailleurs entrepris de réparer les dégâts causés par sa fin de campagne tonitruante. Revenant sur des propos formulés la veille du vote, il s’est dit prêt à envisager la création d’un État palestinien, en précisant: « Pour cela, les choses doivent changer. » Il a aussi exprimé ses « regrets » d’avoir appelé ses partisans à se mobiliser face aux « hordes d’électeurs arabes ». Mais beaucoup craignent qu’Israël ne fasse les frais du coup de froid avec son plus proche allié.

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La communauté internationale ne cesse de faire pression sur Israël en dépit des craintes et des aspirations formulées par les Israéliens lors des élections législatives. Il ne peut pourtant pas y avoir de paix asymétrique, unilatérale, aux dépens d’Israël. Elle ne peut se faire ni sans lui ni contre lui. Or en voulant imposer par tous les moyens un Etat palestinien qui n’est ni viable ni légitime à l’heure actuelle, la communauté internationale va créer un Etat qui risque de tomber entre les mains de islamistes du Hamas qui n’ont jamais caché leurs ambitions destructrices à l’égard d’Israël.

Alors que le Moyen-Orient continue de s’embraser dans un contexte toujours plus instable du fait des nouveaux jeux d’alliances et d’une tension extrêmement vive entre Sunnites et Chiites, les Occidentaux ont tord d’isoler une fois encore Israël en voulant porter à bout de bras un Etat palestinien artificiel.

L’importance de soutenir Israël dans sa lutte contre le Hamas est vitale. Pourtant, au lieu d’œuvrer pour l’éradication du groupe terroriste, la communauté internationale est plus encline à faire pression sur l’Etat hébreu en multipliant les sanctions et en votant prochainement à l’ONU pour la reconnaissance d’un Etat de Palestine pour contraindre le gouvernement israélien à faire des concessions dans la résolution du conflit avec les Palestiniens. En approuvant des mesures de rétorsions contre Israël, les Nations unies veulent rendre coupables les Israéliens d’avoir « mal voté ». Personne ne peut exiger d’Israël qu’il se soumette à un diktat contraire à ses intérêts, qui menacerait sa sécurité et ouvrirait la voie à d’autres conflits régionaux.

Docteur en science politique, spécialiste du Proche-Orient et des questions de Défense, Sarah Perez est chercheur et consultante risque-pays. Elle est l'auteur de Iran-Israël: une guerre technologique, Les coulisses d'un conflit invisible.