Election du nouveau Secrétaire de l’ONU : Que peut-on attendre d’Antonio Guterres ?

Sauf rebondissement, Antonio Guterres, succédera le 1er janvier à Ban Ki-moon, dont le second mandat de cinq ans expire à la fin de l’année. Le Conseil de sécurité des Nations unies a entériné jeudi 6 octobre le choix de l’ancien Premier ministre du Portugal (de 1995 à 2002) comme prochain secrétaire général de l’ONU. La recommandation des 15 membres du Conseil va désormais être transmise aux 197 membres de l’Assemblée générale.

Son expérience d’ancien chef du Haut-Commissariat pour les réfugiés (UNHCR) de 2005 à 2015 pourrait être un véritable atout, au moment où le monde fait face à la pire des crises humanitaires depuis la Seconde Guerre mondiale. Mais que peut-on vraiment espérer du prochain Secrétaire général de l’ONU ?

Âgé de 67 ans, fervent catholique, socialiste, Antonio Gutteres parle couramment le français qui est l’une des six langues officielles de l’Organisation avec l’anglais, l’arabe, le chinois, l’espagnol et le russe. Ingénieur de formation, il se décrit lui-même comme un homme d’action et s’est battu sans relâche pour les droits des migrants.

Toutefois, être le Secrétaire général d’une organisation qui compte plus 40 000 fonctionnaires, et un nombre conséquent d’agences, et avoir pour mission de « promouvoir la paix et la sécurité sur la planète » dans un monde en proie au chaos est une mission impossible. Si Antonio Guterres a la réputation d’être un tribun au verbe facile qui lui a valu le sobriquet de « marteau-piqueur parlant », le poste de Secrétaire général de l’ONU ne permet pas de prendre d’initiative pour déclencher une opération de maintien de la paix ou pour sanctionner un État qui enfreindrait une convention. Il n’a qu’un pouvoir de recommandation et d’alerte. Ainsi Ban Ki-moon n’a cessé en vain d’alerter la communauté internationale sur la situation au Soudan du Sud et en Syrie. Comme le montre aujourd’hui le bras de fer qui oppose les Etats-Unis à la Russie sur le conflit syrien, Antonio Guterres devra avant tout tenter de tempérer les membres du Conseil.

Autre obstacle à la mission de « maintien de la paix » : les moyens financiers. Constitué des contributions des États membres, elles-mêmes calculées en fonction de leurs capacités, le budget de l’ONU pour ce volet-là s’élève à 7,87 milliards d’euros pour la période allant de juillet 2015 à juin 2016. Une bagatelle eu égard à la proportion de conflits.

Enfin, sur le dossier israélo-palestinien, l’ambassadeur d’Israël aux Nations unies, Danny Danon, a salué le choix d’Antonio Guterres comme prochain secrétaire général de l’ONU. Il espère un changement des positions anti-israéliennes de l’institution mondiale. Rappelons que sur les 690 résolutions votées par l’Assemblée Générale des Nations unies avant 1990, 429 l’ont été contre Israël et que depuis la création du Conseil des droits de l’homme en 2006, Israël a fait à lui seul l’objet de plus de condamnations (61) que l’ensemble de toutes les nations réunies. La Syrie d’Assad a été condamnée 15 fois, la Corée du Nord, qui affame son peuple, à 8 reprises ; l’Érythrée que ses habitants fuient en masse, 3 fois ; le Soudan génocidaire, 2 fois ; la Turquie qui détient le record d’emprisonnement de ses journalistes et qui occupe Chypre depuis 1974, jamais.

L’ancien ambassadeur Ron Prosor a quant a lui estimé qu’il est encore trop tôt pour faire des pronostics rappelant toutefois qu’Antonio Guterres n’avait pas adopté par le passé des positions anti-israéliennes. L’espoir qu’il ne tombe pas lui aussi dans le piège du double standard est donc encore permis.

Docteur en science politique, spécialiste du Proche-Orient et des questions de Défense, Sarah Perez est chercheur et consultante risque-pays. Elle est l'auteur de Iran-Israël: une guerre technologique, Les coulisses d'un conflit invisible.