Mahmoud Abbas à Paris : Le raïs s’invite dans la vie politique française et dans la campagne présidentielle

Mardi 7 février, Mahmoud Abbas était à Paris pour une visite diplomatique au cours de laquelle il s’est entretenu avec François Hollande ainsi que les candidats à l’élection présidentielle Benoit Hamon et Emmanuel Macron. Le président français et le leader palestinien ont discuté des conclusions de la conférence de paix du 15 janvier dernier et des perspectives régionales : « Notre but est la paix mais Israël travaille sur la base d’un seul Etat », a-t-il martelé, dénonçant par la même occasion la loi israélienne sur les implantations votée la veille à la Knesset et qu’il considère comme « une agression » contre son peuple.

Une fois n’est pas coutume, Benoit Hamon a réaffirmé sa volonté de reconnaître l’Etat de Palestine s’il est élu président. Evoquant sa discussion avec Mahmoud Abbas, il a ainsi déclaré sur sa page Facebook : « Je lui ai renouvelé ma volonté de reconnaître l’Etat palestinien une fois élu Président de la République (…) Nous partageons une conviction commune: cette reconnaissance est un préalable indispensable au processus de paix. » Ce n’est pas la première fois que le candidat socialiste instrumentalise la question palestinienne à des fins de politique intérieure. Initiateur de la résolution pour la reconnaissance d’un Etat de Palestine votée à l’Assemblée nationale le 2 décembre 2014, il avait reconnu de son propre aveu, rapporté par Le Canard enchaîné du 19 novembre 2014 : « Cette résolution est tout à fait opportune sur le plan électoral. Il s’agit du meilleur moyen pour récupérer notre électorat des banlieues et des quartiers, qui n’a pas compris la première prise de position pro-israélienne de Hollande, et qui nous a quittés au moment de la guerre de Gaza. ».

Emmanuel Macron, quant à lui n’a pas révélé de détails sur sa rencontre avec le leader palestinien, se contentant de poster quelques photographies sur les réseaux sociaux. Quoiqu’il en soit, Mahmoud Abbas a pu constater l’intérêt porté par les responsables français à la question palestinienne et à la relance du processus de paix. Le lendemain, il s’est adressé au Sénat à Paris devant la Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, présidée par Jean-Pierre Raffarin, qui a rappelé « le désir de la France de contribuer à la mise en place de la solution à deux États ». Le président de l’Autorité palestinienne a averti les sénateurs qu’il interromprait la coopération sécuritaire avec Israël si les constructions dans les implantations en Cisjordanie venaient à se poursuivre, en faisant référence à la loi de Régulation, vivement contestée par des instances internationales et des pays alliés de l’État hébreu. Il a également demandé à Israël de respecter les résolutions de l’ONU dont celle qui a été votée le 23 décembre suite à l’abstention de l’administration d’Obama – la résolution 2334.

Mahmoud Abbas a également évoqué les tentatives de réconciliation avec le Hamas au pouvoir dans la bande de Gaza. « Nous avons un dialogue en cours avec le Hamas pour parvenir à une réconciliation pacifique, » a-t-il souligné. Néanmoins, toutes ces tentatives sont jusqu’ici restées vaines. Il aurait sans doute été à propos de mettre le raïs palestinien face à ses propres contradictions et de l’interroger sur l’anormale longévité de son mandat. Cela fait en effet 9 ans qu’il n’est plus légitime à exercer son autorité mais étonnamment, cette entrave aux principes démocratiques ne semble pas affecter les leaders occidentaux.

Docteur en science politique, spécialiste du Proche-Orient et des questions de Défense, Sarah Perez est chercheur et consultante risque-pays. Elle est l'auteur de Iran-Israël: une guerre technologique, Les coulisses d'un conflit invisible.