L’Iran, bête noire de l’Administration Trump

Donald Trump peut-il rendre caduc l’Accord sur le nucléaire iranien ? Le président américain, qui avait promis de « déchirer » ce texte cher à Barack Obama, a joint l’acte à la parole cette semaine en exigeant la réévaluation de la position de Washington face à Téhéran. Suite à cette annonce, le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson a estimé mercredi que l’Accord de Vienne « échouait à remplir l’objectif d’un Iran dénucléarisé », informant le Congrès américain du lancement d’une étude pour savoir si l’allègement des sanctions envers l’Iran prévu par l’accord nucléaire correspondait à l’intérêt national des Etats-Unis.

Le JCPOA (Joint Comprehensive Plan of Action ou Plan global d’action conjoint) est entré en vigueur en janvier 2016 afin de garantir la nature strictement pacifique du programme nucléaire iranien en échange d’une levée des sanctions internationales. Selon Rex Tillerson, cet accord est né « de la même approche défaillante passée qui nous a amenés jusqu’à la menace imminente actuelle venant de Corée du Nord ». Il accuse ainsi l’Iran de se livrer à « d’incessantes et inquiétantes provocations » visant à déstabiliser des pays du Proche-Orient et estime que la République islamique cherche à nuire aux intérêts américains en Syrie, en Irak et au Liban.

Ce même message a également été diffusé jeudi au Conseil de sécurité de l’ONU où les Etats-Unis ont affirmé vouloir donner « la priorité » aux activités « incroyablement destructrices » de l’Iran au Moyen-Orient et à accorder moins d’attention au conflit israélo-palestinien. « La nature incroyablement destructrice des activités iraniennes et du Hezbollah dans tout le Moyen-Orient exige une attention beaucoup plus soutenue de notre part », a déclaré Nikki Haley, ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU, « cela devrait devenir la priorité de ce Conseil dans la région ».

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a dénoncé les accusations « usées » des Etats-Unis selon lesquelles Téhéran cherchait à produire une bombe nucléaire pour menacer la région et le monde. « Les accusations usées des Etats-Unis ne peuvent cacher le fait qu’ils ont admis que l’Iran se conformait » aux termes de l’accord sur son programme nucléaire conclu en 2015 avec les grandes puissances, a t-il écrit sur Twitter.

La relation entre les deux pays pourrait davantage s’envenimer à l’occasion de la prochaine élection présidentielle iranienne le 19 mai prochain. Si l’élection d’Hassan Rohani, en lice pour un second mandat, pourrait maintenir le statu-quo, il en irait autrement si le conservateur Ebrahim Raisi était choisi. L’homme que l’on a présenté comme un successeur potentiel du Guide suprême, Ali Khamenei, âgé de 77 ans, du fait de sa proximité avec lui, est un dur du régime. Dans ses mémoires, l’un des fondateurs de la République islamique, l’ayatollah Ali Montazeri, avait dénoncé son rôle dans le jugement sommaire et l’exécution de milliers d’opposants emprisonnés, durant l’été 1988, à la fin de la guerre contre l’Irak. Le risque que la situation s’envenime avec les Etats-Unis est donc conséquent, d’autant que Donald Trump n’en découdra pas.

Docteur en science politique, spécialiste du Proche-Orient et des questions de Défense, Sarah Perez est chercheur et consultante risque-pays. Elle est l'auteur de Iran-Israël: une guerre technologique, Les coulisses d'un conflit invisible.