La Russie peut-elle permettre d’éviter une confrontation entre l’Iran et Israël ?

Depuis la chute d’Alep, Israël s’inquiète de l’intrusion iranienne en Syrie et des menaces qu’elle constitue pour sa sécurité notamment via son proxy le Hezbollah. Il s’agit de la raison pour laquelle Benyamin Netanyahou s’est rendu à Moscou jeudi 9 mars, sa cinquième visite en moins d’un an. Reçu au Kremlin par Vladimir Poutine, le Premier ministre israélien a principalement évoqué avec lui les développements en Syrie et les moyens de combattre la présence militaire iranienne dans ce pays ravagé par la guerre. « L’Iran essaie de s’implanter de façon permanente en Syrie, avec une présence militaire au sol et en mer, et tente aussi progressivement d’ouvrir un front contre nous sur le plateau du Golan, avait-il déjà expliqué le 5 mars en conseil des ministres.

Dès son arrivée, Benyamin Netanyahou a déclaré que les deux pays sont « engagés à combattre l’extrémisme islamique dans le monde ». Il a par ailleurs souligné la menace que l’islam chiite et l’Iran représentent pour Israël : « La menace de l’extrémisme islamique chiite, ne concerne pas que nous, mais menace aussi la paix dans la région et la paix dans le monde et je sais que nous partageons le désir d’éviter toute victoire de l’extrémisme islamique de toutes part. En avril dernier déjà, le Premier ministre israélien avait souligné qu’Israël combattrait toute tentative du groupe terroriste Hezbollah de s’armer, affirmant que les « lignes rouges posées par Israël – à savoir la formation d’un front terroriste sur le plateau du Golan et le transfert d’armes au Hezbollah – sont épaisses et claires », et qu’il n’hésiterait pas à prendre des mesures de rétorsion si ces lignes étaient franchies.

Depuis son intervention dans la guerre civile syrienne en 2015, la Russie a aidé l’Iran à renforcer le régime du président Bachar el-Assad et préserver les intérêts des deux pays en Syrie. Israël s’inquiète de voir les Russes former aux techniques de commando les miliciens libanais. Même si un modus vivendi a été conclu entre l’État hébreu et la Russie, la professionnalisation du Hezbollah par l’acquisition de nouvelles tactiques de combat renforce grandement ses capacités à affronter Tsahal. Israël poursuit donc ses efforts pour consolider l’entente militaire avec les Russes dans l’espace aérien syrien où il intervient régulièrement pour empêcher des transferts d’armes lourdes vers le Hezbollah.

Par ailleurs, les combattants de la milice chiite ont transféré une quantité significative de missiles syriens au Liban et l’arsenal de l’organisation s’est considérablement développé passant de 40 000 roquettes en 2010 à 100 000 en 2016[1]. D’où l’inquiétude grandissante des Israéliens qui redoutent l’imminence d’un nouveau conflit.

A l’occasion de cette rencontre, Vladimir Poutine a offert à Benyamin Netanyahou une édition du livre ‘Guerre des Juifs’ écrit par Flavius Josèphe, datant de 500 ans. Si le Premier ministre israélien s’est dit satisfait de cette nouvelle rencontre, on ne sait gère, pour l’heure, si un accord entre les deux hommes a été conclu pour neutraliser les ambitions iraniennes. Nul doute toutefois que le message du Premier ministre israélien est passé.

[1] Jeffrey White, « A War like No Other : Israel vs Hezbollah in 2015 », Washington Institute for Near East Policy, janv. 2015

Docteur en science politique, spécialiste du Proche-Orient et des questions de Défense, Sarah Perez est chercheur et consultante risque-pays. Elle est l'auteur de Iran-Israël: une guerre technologique, Les coulisses d'un conflit invisible.