Ce que révèle la polémique sur l’islamo-gauchisme

Depuis qu’elle a annoncé le lancement d’une enquête sur l’islamo-gauchisme dans l’université, la ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal se trouve sous le feu des critiques, au point qu’une pétition signée par plus de 600 universitaires réclame sa démission. Mais au-delà de la polémique autour de ce concept, les passions qu’il déchaine témoigne de l’impossibilité aujourd’hui en France de débattre sereinement de problèmes pourtant fondamentaux et d’une tyrannie de la pensée pratiquée par ceux-là mêmes qui s’offusquent du projet de la ministre. Ce déni de la dérive islamiste dans nos universités est particulièrement préoccupant et est symptomatique d’une certaine complaisance envers les théories indigéniste, racialiste et décoloniale. Le vide idéologique et politique qui opère depuis plusieurs décennies a laissé le champ libre au militantisme identitaire des minorités.

Depuis plusieurs années, on assiste à une importation des États-Unis de ce qu’on appelle communément la « cancel culture », qui désigne la volonté de réduire au silence dans l’espace public tous ceux qui portent des paroles ou un comportement jugés « offensants ». Elle consiste à enrayer, détruire l’existence d’une personnalité dans le débat d’idées, dans la vie publique (professionnelle et sociale) et le cas échéant dans la vie académique ou artistique, au motif que ce qu’elle a dit ou fait est offensant du point de vue des « cancellistes ». Telle perspective dans un manuel d’histoire par exemple, décrétée blessante, c’est-à-dire mise à l’index, ne doit pas être débattue mais effacée. Tout comme les plaques de rue ou les statues jugées polémiques, doivent être déboulonnées.

C’est dans ce contexte délétère que le débat autour de « l’islamo-gauchisme » a réapparu. Le terme a été forgé au début des années 2000 par le philosophe Pierre-André Taguieff pour désigner « une alliance de fait nouée en Europe, au moment de la deuxième Intifada, entre certains courants de la gauche de la gauche et des mouvements proches des islamistes ». Comme il le souligne dans une interview du 21 février au journal Marianne, « l’islamo-gauchisme n’est nullement un « concept venu de l’extrême droite », comme l’ânonnent les ignorants, les imbéciles et les gens de mauvaise foi –, le terme « gauchisme » renvoie indistinctement à tous les courants situés à l’extrême gauche ou à la « gauche de la gauche ».

L’expression a également été employée pour désigner la « nouvelle judéophobie », fondée sur un antisionisme radical dont l’objectif est l’élimination de l’Etat juif, Israël.

Les courants « gauchistes » voudraient voir se substituer à l’image du prolétaire exploité celle de l’immigré musulman et dans celle de l’islam la religion des pauvres et des opprimés. Pour eux, l’islamisme serait porteur d’un « potentiel révolutionnaire » justifiant qu’on puisse passer des alliances avec certains activistes islamistes. C’est pourquoi les « islamo-gauchistes » doivent être qualifiés d’« islamismophiles ». Ils sont les faire-valoir des islamistes.

Ce courant s’est largement renforcé et est instrumentalisé par La France insoumise notamment, qui participait en 2019 à la manifestation « contre l’islamophobie » organisée par le CCIF, aujourd’hui dissous.

Les « chercheurs » qui se disent offusqués par ce projet d’enquête sur leurs pratiques et la qualité scientifique de leurs travaux sont pour beaucoup des militants décoloniaux, indigénistes et pseudo-antiracistes et craignent surtout que la scientificité de « travaux » soit remise en question tout comme la propagande qu’ils font dans des séminaires où le militantisme à la part belle. Ils sont les premiers à diffamer ceux qui ne pensent pas comme eux et qu’ils accusent évidemment d’être  « réactionnaires » « racistes », « islamophobes ».

Comme le dit Jean-François Braunstein dans un entretien pour le Figaro, « il ne faut plus confondre prises de parti militantes et vérités scientifiques  (…) L’université n’est pas seulement « gangrenée » comme le reste de la société par ces courants. C’est pire encore, car elle leur donne une légitimité prétendument scientifique, utilisée pour miner la société ».

ELNET salue et soutient le projet de la ministre de l’Enseignement Frédérique Vidal. Du reste le gouvernement aurait tout intérêt à aller jusqu’au bout de sa logique et ne pas laisser des militants grimés en universitaires fixer les règles sur ce qui relève ou non du « concept scientifique ». Cela lui permettrait par la même occasion, de clarifier sa ligne politique.

Pour approfondir le sujet, vous pouvez revoir notre atelier républicain avec Jean-François Braunstein sur la thématique : Les Ateliers Républicains I Vers la fin des universités occidentales ?