Le Drian au Proche-Orient pour évoquer le nucléaire iranien et l’impasse du processus de paix (par Cyrille Louis – Le Figaro)

Le ministre des Affaires étrangères français doit rencontrer successivement ce lundi le président de l’État d’Israël, Reuven Rivlin, et le premier ministre, Benyamin Nétanyahou. Dans l’après-midi, il se rendra à Ramallah (Cisjordanie), où il doit voir le président Mahmoud Abbas.

Jean-Yves Le Drian a atterri dimanche soir à l’aéroport Ben Gourion de Tel Aviv à la veille d’une courte visite en Israël et dans les Territoires palestiniens. Ce premier déplacement au Proche-Orient dans sa fonction de ministre des Affaires étrangères doit être principalement consacré aux discussions sur une possible renégociation de l’accord sur le nucléaire iranien, ainsi qu’à l’impasse du processus de paix. Il intervient trois jours après la nomination, par Donald Trump, de John Bolton au poste de Conseiller pour la sécurité nationale. Cette annonce a été saluée par les dirigeants de la coalition de droite au pouvoir en Israël, qui y voient le signe d’une attention renforcée à leurs préoccupations.

Le programme de la visite, dont certains détails n’ont pas encore été rendus publics, a été modifié à plusieurs reprises en raison de l’interrogatoire de police auquel Benyamin Nétanyahou doit se soumettre lundi matin. Jean-Yves Le Drian sera tout d’abord reçu par le président de l’État d’Israël, Reuven Rivlin. Il doit également se rendre au mémorial Yad Vashem, puis prévoit de rencontrer le premier ministre en début d’après-midi. Leur échange devrait être principalement consacré au renforcement de l’accord sur le nucléaire négocié en 2015 sous le patronage de Barack Obama. M. Nétanyahou réclame la mise en place de sanctions contre le programme balistique iranien, l’annulation de la clause qui autorise la reprise de l’enrichissement d’uranium huit à dix ans après la signature de l’accord ainsi que la mise en place d’inspections en profondeur sur les sites militaires les plus sensibles. Donald Trump a indiqué que les États-Unis se retireront de l’accord, et rétabliront des sanctions, si ces demandes ne sont pas prises en compte d’ici le 12 mai.

La France est récemment montée au créneau pour tenter de promouvoir un compromis. Jean-Yves Le Drian s’est rendu le 5 mars dernier à Téhéran, où il a rencontré le président Hassan Rohani ainsi que des représentants du camp conservateur. Il a évoqué à cette occasion le programme balistique de l’Iran et sa politique expansionniste au Moyen-Orient. Mais ses hôtes ont refusé de transiger sur ce qu’ils considèrent comme des attributs non négociables de leur souveraineté.

Rencontre avec Mahmoud Abbas

Lundi après-midi, Jean-Yves Le Drian doit se rendre à Ramallah (Cisjordanie), où il rencontrera le président Mahmoud Abbas et son ministre des Affaires étrangères, Riyad al-Malki. Leurs entretiens doivent notamment porter sur les conséquences de la reconnaissance, par Donald Trump, de la souveraineté israélienne sur Jérusalem. Le président Emmanuel Macron, qui a ouvertement désapprouvé cette décision, s’est depuis lors entretenu à plusieurs reprises avec le chef de l’Autorité palestinienne. Le «plan de paix» sur lequel l’Administration américaine planche depuis plus d’un an devrait aussi être évoqué. Les dirigeants palestiniens, jugeant que Washington est désormais discrédité dans son rôle de médiateur, refusent d’en prendre connaissance. La France, si elle ne cache guère son pessimisme, indique pour sa part qu’elle attend d’en lire les détails avant de se prononcer.

La visite de Jean-Yves Le Drian intervient alors que la direction palestinienne traverse une crise aiguë. Mahmoud Abbas, qui fête ce lundi ses 83 ans et dont le mandat de président est arrivé à son terme il y a huit ans, semble plus isolé que jamais. Les rumeurs sur sa santé vacillante se sont récemment multipliées, tandis que les candidats à sa succession fourbissent leurs armes. Sa ligne dure à l’encontre du Hamas et de la bande de Gaza, qu’il soumet depuis le printemps dernier à des sanctions financières dont l’impact aggrave la crise humanitaire, suscite de nombreuses critiques.

Posture intransigeante

Sur ces différents dossiers, la nomination de John Bolton a été perçue par les dirigeants israéliens comme un encouragement de plus en provenance de Washington. Fin 2016, il avait estimé que «d’un point de vue purement empirique, la solution des deux États est morte». Plusieurs ministres s’attendent par ailleurs à ce qu’il renforce la ligne dure de l’Administration vis-à-vis du régime iranien tandis que certaines voix, y compris au sein de l’appareil militaire, redoutent que sa posture intransigeante ne renforce les risques d’escalade militaire.

En conclusion de sa visite, le ministre des Affaires étrangères prévoit de rencontrer mardi matin les agents du consulat général de France à Jérusalem, qui a récemment été ébranlé par l’arrestation d’un Volontaire international employé comme chauffeur. Romain Franck, 24 ans, a été interpellé le 15 février par le Shin Bet alors qu’il quittait la bande de Gaza au volant d’une voiture diplomatique. Il a depuis lors admis avoir convoyé, apparemment par appât du gain, 70 armes de poing et 2 fusils d’assaut depuis l’enclave palestinienne jusqu’en Cisjordanie. Les dirigeants israéliens ont évoqué une affaire «grave», tout en indiquant qu’il s’agit apparemment d’une initiative isolée.