Le Drian presse Moscou sur la Syrie

En visite en Russie mardi, le ministre des Affaires étrangères a appelé Damas à «accepter» la trêve humanitaire.

Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a entamé mardi sa troisième visite à Moscou depuis son arrivée au Quai d’Orsay au moment où l’on apprenait l’échec patent de la trêve de 30 jours consécutifs promise la veille par Vladimir Poutine.

Après une heure et demie de pourparlers en format large, avec les délégations, Jean-Yves Le Drian et son homologue russe Sergueï Lavrov ont répondu à une poignée de questions de la presse, puis se sont à nouveau retrouvés en petit comité pour déjeuner. Désormais familiers, les deux hommes se tutoient et affichent leur décontraction face aux journalistes, alors que la situation en Syrie – principal thème de la visite – accentue leurs désaccords. Ils ont bien essayé d’alléger l’ambiance en évoquant le «dialogue de Trianon» entre les sociétés civiles des deux pays et l’intensification des échanges commerciaux. Mais le drame humanitaire de la Ghouta orientale a vite éclipsé les politesses.

Conciliant, Jean-Yves Le Drian a rappelé cinq objectifs communs aux deux pays: la lutte contre le terrorisme, la recherche d’une solution politique sous l’égide de l’ONU, les efforts pour éviter un débordement régional et international de la crise syrienne, l’attachement aux frontières actuelles du pays et la nécessité de conduire toutes les parties à la table de négociation.

 «Il importerait que du côté d’Assad, on signe aussi la trêve»

Jean-Yves Le Drian

Puis, le chef de la diplomatie française a déroulé quatre propositions «concrètes». À savoir un accord écrit des acteurs sur la trêve. La création de corridors humanitaires ouverts non pas cinq heures par jour, comme le préconisent les Russes, mais toute la journée, «sinon ce n’est pas une trêve». La troisième proposition concerne la création d’un «mécanisme de surveillance de la trêve», un point crucial, alors que les parties du conflit sont incapables ou réticentes à s’accorder sur les faits. Enfin, la mise en œuvre du processus politique, articulé sur la rédaction d’une nouvelle Constitution syrienne. Refusant de commenter l’apparente incapacité russe à refréner l’offensive du régime Assad sur la Ghouta, Jean-Yves Le Drian a préféré souligner sa reconnaissance envers l’effort russe de faire appliquer cinq heures de trêve. Le ministre français a réservé ses piques à Damas: «Il importerait que du côté d’Assad, on signe aussi la trêve», comme l’ont fait les trois groupes rebelles de la Ghouta orientale.

Une riposte à des tirs des rebelles

Sergueï Lavrov s’est montré sensiblement plus offensif, dirigeant ses piques contre la presse internationale, qui «répète ce que dit Washington», et bien sûr contre les Américains, qui semblent être devenus les adversaires ultimes sur le champ de bataille syrien. Le ministre russe des Affaires étrangères – qu’on dit sur le départ – s’en est pris à la porte-parole de la Maison-Blanche Sarah Sanders réclamant un arrêt immédiat de l’offensive sur la Ghouta. Pour Lavrov, l’armée régulière syrienne n’a fait que riposter à des tirs des rebelles. «J’espère que les responsables de ces tirs vont prendre leurs responsabilités et admettront la nécessité de satisfaire aux exigences du Conseil de sécurité de l’ONU.» Il a accusé l’opposition d’empêcher la population civile de quitter la Ghouta orientale. Et les Américains de cacher la situation humanitaire à Raqqa.

Faits alternatifs ou volonté de renverser les rôles? Au Kremlin aussi, les actes contredisent parfois les paroles. Clamant «mission accomplie» en décembre, Vladimir Poutine ordonnait le retrait de l’armée russe de Syrie. Mais la semaine dernière, Moscou déployait à Khmeimim deux avions Su-57 de supériorité aérienne, les tout derniers-nés de l’industrie militaire russe, supposés rivaliser avec les F-22 américains.


Pyongyang a aidé le programme syrien d’armes chimiques

De 2012 à 2017, la Corée du Nord s’est jouée avec une facilité déconcertante de l’embargo sur les armes décrété par les Nations unies. D’après un panel de huit experts onusiens, 40 chargements de contrebande auraient échappé à la surveillance satellitaire des services de renseignements américains et alliés. Pire, ils comprenaient des composants de missiles balistiques et d’armes chimiques. Ces révélations surviennent alors que les chancelleries occidentales accusent Damas de s’être livré de bombardements chimiques au chlore contre le fief rebelle de la Ghouta orientale.

Dans le document confidentiel de 200 pages sont décrits les efforts déployés par Pyongyang pour contourner les sanctions. Usant d’une nébuleuse de sociétés écran et d’intermédiaires grassement rémunérés, le régime de Kim Jong-un a mené des cyberattaques pour voler des secrets militaires à l’étranger et sollicité son réseau diplomatique pour faciliter toutes sortes de contrebande. La présence de techniciens missiliers nord-coréens, en outre, aurait été repérée sur des sites d’armes chimiques en Syrie. Dénonçant les dangers de cette coopération fructueuse entre deux États-parias de la société des nations, le rapport tance aussi la Russie et la Chine, jugées trop laxistes sur l’importation de charbon nord-coréen, ainsi que l’exportation vers Pyongyang de pétrole et de certains produits de luxe.