Quels sont les dossiers brûlants du G7 qui s’ouvre au Canada ? (Morgane Rubetti – Le Figaro)

Ce G7 2018 prévoit d’être un «G6+1», Donald Trump étant seul contre tous sur des questions telles que la guerre commerciale ou l’accord sur le nucléaire iranien. Pendant ces deux jours, les discussions risquent de se concentrer avant tout sur les États-Unis et leurs dernières décisions polémiques.

Cette fois, les États-Unis signeront-ils la déclaration finale? C’est tout l’enjeu du G7 2018, qui se tient vendredi et samedi à Charlevoix, au Québec. L’an dernier à Taormine (Italie), Donald Trump avait refusé de signer la déclaration finale pour cause de retrait de l’accord de Paris sur le climat. Cette année encore, les discussions s’annoncent houleuses. «Le défi est d’essayer de préserver une forme d’unité à l’intérieur du G7 et vis-à-vis de l’extérieur, mais il ne faut pas hésiter à exprimer de manière ferme et forte les intérêts de la France et de l’Europe», a averti l’Élysée.

Justin Trudeau et ses homologues (France, Italie, Japon, Allemagne, États-Unis, Grande-Bretagne) ont officiellement prévu de parler de croissance inclusive, avenir du travail et du commerce, paix et sécurité, égalité femmes-hommes ou encore changement climatique. Au vu de l’actualité, leurs discussions risquent bien de s’orienter vers des sujets plus brûlants.

• Guerre commerciale

Lors du G7 Finances qui s’est achevé samedi 2 juin à Whistler, station de ski de l’ouest du Canada, les six autres ministres des Finances du groupement ont tous fustigé la politique commerciale mise en place par l’administration Trump. Pour la première fois depuis plusieurs décennies, les États-Unis ont décidé de ne pas employer de politique de libre-échange. «Donald Trump souhaite revenir au protectionnisme. Il est le seul candidat à avoir fait campagne à propos de l’impact négatif du libre-échange sur la classe moyenne occidentale», explique Laurence Nardon, spécialiste de la politique américaine et des relations transatlantiques à l’Institut français des relations internationales (IFRI).

Toujours dans cette politique protectionniste, Donald Trump s’est fendu d’un Tweet critiquant le libre-échange: «Si nous taxons à hauteur de 0 un pays pour qu’il nous vende ses marchandises et qu’en retour, il taxe à 25, 50 ou 100% les nôtres (…), ce n’est pas un commerce libre et équitable, c’est du commerce stupide!», a-t-il écrit.

Une forme de guerre commerciale qui s’est concrétisée il y a une semaine par la mise en place de taxes douanières sur l’acier (25%) et l’aluminium (10%) en provenance de l’Union européenne, du Canada et du Mexique. Les deux pays ont immédiatement réagi. Le Mexique a imposé en retour des taxes douanières de 15% à 25% sur les produits venus des États-Unis tandis que le Canada a assuré avoir la ferme intention de mettre en place des surtaxes et autres mesures pouvant atteindre 16,6 milliards de dollars sur des produits de l’acier et de l’aluminium d’origine amércaine. L’Union européenne a, quant à elle, porté plainte auprès de l’Organisation mondiale du commerce.

Les États-Unis menacent également de taxer jusqu’à 25% les importations de voitures, ce qui concernerait en particulier l’Allemagne et le Japon.

Mais comme il l’écrivait dans son livre The art of the deal (l’art de la négociation), «Trump reste pragmatique. S’il voit que les autres sont liés et lui tiennent tête, il finira par céder après avoir utilisé toutes ses cartouches», avance Laurence Nardon.

• Accord sur le nucléaire iranien

Début mai, les États-Unis ont annoncé leur retrait définitif de l’accord sur le nucléaire iranien. «Cet accord devait protéger les États-Unis et ses alliés de l’arme nucléaire iranienne. Il a permis à l’Iran de continuer à enrichir l’uranium et d’atteindre la capacité à produire l’arme nucléaire. Ça n’a pas apporté la paix et ça ne l’apportera jamais», avait-il avancé pour justifier sa décision.

Mais outre ce «problème de sécurité», «le sujet autour de l’accord du nucléaire iranien va surtout prendre une dimension commerciale», prévoit Laurence Nardon. Effectivement, dès son retrait, Donald Trump avait annoncé: «Je vais signer un décret présidentiel pour rétablir des sanctions américaines contre le régime iranien. Nous allons mettre en place le niveau le plus élevé de sanctions économiques possibles.»

Des sanctions qui se sont également étendues aux pays alliés de l’Iran. «Tout pays qui aidera l’Iran dans sa quête d’armes nucléaires pourrait aussi être fortement sanctionné par les États-Unis», a mis en garde Donald Trump. Son conseiller à la sécurité nationale John Bolton a même laissé planer la menace de «sanctions supplémentaires».

«Le groupe constructeur automobile PSA ainsi que Total et même Airbus se retrouvent donc au pied du mur et sont contraints de quitter l’Iran pour respecter l’ambargo américain», explique la spécialiste de l’IFRI.