Donald Trump multiplie les concessions diplomatiques

Par Le Monde – Gilles Paris


Le président américain a changé de ton face à Pékin et condamné l’expansion des colonies israéliennes.

Après des débuts fracassants émaillés de polémiques, Donald Trump semble renouer par petites touches avec certains fondamentaux de la politique étrangère américaine dont il s’était souvent démarqué pendant la campagne. Le 11 février, aux côtés du premier ministre japonais, Shinzo Abe, qu’il recevait dans son club luxueux de Mar-a-Lago, en Floride, le nouveau président des Etats-Unis a réagi de manière tout à fait conventionnelle à l’annonce d’un tir de missile nord-coréen.

Le 2 janvier, M. Trump avait jugé bon de mettre en garde Pyongyang contre la tentative de « mettre au point une arme nucléaire capable d’atteindre les Etats-Unis ». « Cela n’arrivera pas ! », avait assuré celui qui n’était encore que le président élu, dans un message publié sur son compte Twitter. Samedi, au cours d’une très brève conférence de presse, il s’est contenté d’ajouter que son pays soutenait « à 100 % » son allié japonais. M. Abe avait auparavant qualifié le tir de missile d’« inacceptable », le terme généralement utilisé par Washington, Tokyo et Séoul.

Cette réaction conjointe a illustré la réaffirmation de l’alliance entre les deux pays, loin des remises en cause agitées pendant la campagne. Fidèle à des convictions exposées dès 1987, dans sa première incursion avortée en politique, M. Trump avait en effet accablé le Japon de reproches, dénonçant à la fois son agressivité commerciale et des dépenses de défense jugées insuffisantes, dont les Etats-Unis seraient les dupes.

A la veille de l’arrivée de M. Abe à Washington, M. Trump avait également renoué avec la ligne traditionnelle américaine à propos de la Chine. En décembre 2016, il avait créé la surprise en se disant prêt à remettre en cause la politique d’« une seule Chine ». Elle a été adoptée par les Etats-Unis lorsque Washington a choisi de normaliser ses relations avec Pékin, dans les années 1970, rétrogradant celles avec l’île rebelle de Taïwan, que le régime chinois considère comme partie intégrante de son territoire.

Monnaie d’échange

M. Trump avait laissé entendre qu’il voulait faire de cette politique une monnaie d’échange dans le cadre d’un marchandage global avec Pékin, également mis en cause pour des pratiques commerciales jugées déloyales. Le 2 janvier également, M. Trump avait mis en cause Pékin, sur son compte Twitter, tout en déplorant qu’il « n’aide pas » le dossier nord-coréen à avancer. L’extrême sensibilité du régime chinois sur la question de Taïwan ne lui laissait pourtant guère d’espoir. Au cours d’un entretien téléphonique avec son homologue Xi Jinping, le président des Etats-Unis a donc battu en retraite.

Une semaine plus tôt, un premier tir de missile, cette fois-ci iranien, avait déjà testé sa détermination. La Maison Blanche avait réagi en publiant deux communiqués offensifs et en annonçant de nouvelles sanctions. Les conseillers du président avaient cependant pris soin d’insister sur le fait que l’accord sur le nucléaire iranien n’était pas remis en cause, alors que M. Trump avait assuré, pendant la campagne, qu’il le déchirerait immédiatement.

Mercredi 15 février, en recevant à la Maison Blanche le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, M. Trump devrait également mettre à l’épreuve les promesses d’un discours de campagne très pro-israélien. En décembre 2016, il avait vivement réagi à la décision de l’administration précédente de permettre l’adoption, aux Nations unies, d’une résolution condamnant la colonisation israélienne des territoires palestiniens conquis en 1967.

Un communiqué publié le 2 février a soulevé plus d’interrogations qu’il n’a apporté de réponses sur ce que seront les choix américains. Le texte a assuré en effet que « la colonisation n’est pas un obstacle à la paix » tout en estimant que « la construction de nouvelles colonies ou l’expansion des colonies existantes au-delà de leurs frontières existantes pourraient ne pas aider » à y parvenir, soit un écho des positions précédentes américaines.

Dans un entretien accordé au quotidien Israel Hayom, le 10 février, M. Trump s’est montré un peu plus explicite. « Les terres ­restantes sont limitées, et il en reste moins à chaque fois qu’on prend des terres pour les colonies. Je ne suis pas quelqu’un qui pense que le développement des colonies soit bon pour la paix », a-t-il assuré, rejoignant la position ­traditionnelle américaine sur la colonisation.

« Premières étapes »

Aucune mention n’a été faite du transfert rapide à Jérusalem de l’ambassade des Etats-Unis actuellement installée à Tel-Aviv, promis pendant la campagne. La quasi-totalité des représentations diplomatiques sont dans le même cas pour le même motif : la communauté internationale estime que ces transferts devraient intervenir après un règlement global du conflit qui permettrait de trancher le statut de la Ville sainte. Les Palestiniens souhaitent en effet installer la capitale d’un éventuel Etat dans sa partie orientale. A plusieurs reprises, cependant, le porte-parole de la Maison Blanche, Sean Spicer, a assuré que la nouvelle administration n’en était qu’« aux premières étapes du processus de décision ».

Le calendrier ne permet pourtant pas de tergiverser. Depuis 1995, les présidents américains, toutes administrations confondues, gèlent tous les six mois une loi votée par le Congrès prévoyant le déplacement de cette ambassade. Le gel actuel court jusqu’au début du mois de juin, qui coïncide cette année avec le cinquantième anniversaire de la conquête de Jérusalem. Une commémoration qui n’est pas propice à un geste politique, susceptible de soulever la colère des Palestiniens, tout comme les critiques internationales.

Avant M. Nétanyahou, le nouveau président devait recevoir, lundi 13 février, son troisième visiteur étranger à la Maison Blanche, le premier ministre canadien, Justin Trudeau, dont la ­politique relative à l’environnement et à l’immigration est ­radicalement opposée à celle esquissée jusqu’à présent par M. Trump. Le président de l’autre voisin des Etats-Unis, le Mexicain Enrique Peña Nieto, a dû pour sa part ­reporter un déplacement prévu compte tenu du différend qui l’oppose à M. Trump à propos du financement du « mur » que ce dernier souhaite ériger sur la frontière sur des Etats-Unis. Sur ces sujets, en effet, le président américain n’entend pas afficher pour l’instant la moindre concession.