Donald Trump met en scène la rupture avec la présidence Obama

Par Le Monde – Gilles Paris


Le nouveau président américain multiplie (et médiatise) les signes – parfois purement symboliques – en direction de son électorat conservateur.

La scène est vite devenue familière. Donald Trump est assis derrière son nouveau bureau, à la Maison Blanche, et signe des décrets sous le regard d’un aréopage de conseillers. Obamacare le vendredi 20 janvier, le traité de libre-échange transpacifique (TPP) lundi, et la relance de l’oléoduc Keystone XL, le mardi 24 janvier. A marche forcée, dans un bureau Ovale encore singulièrement dépouillé, le nouveau président américain liquide les politiques mises en place par Barack Obama.

Pendant la campagne des primaires, le magnat de l’immobilier avait surenchéri, comme ses adversaires, à propos du nombre de décisions qui seraient annulées dès le premier jour de sa présidence. Il avait créé une attente à laquelle l’activisme déployé depuis sa prestation de serment entend répondre.

 

Le 20 janvier.

Le renoncement au TPP, un projet pourtant soutenu par les républicains du Congrès, à l’inverse des démocrates, faisait partie de ces priorités. Il n’avait pas été question en revanche de revenir sur le financement par les Etats-Unis des organisations non-gouvernementales étrangères qui défendent l’avortement. Cette décision, prise lundi, s’inscrit cependant dans une continuité républicaine. Instaurée par Ronald Reagan, elle avait été rétablie par George W. Bush après sa suppression par Bill Clinton. M. Obama l’avait à son tour annulée à son arrivée au pouvoir.

Comme l’avortement, la majorité des cibles visées par M. Trump constituent des marqueurs républicains et conservateurs. Comme l’engagement pris mardi de réviser les réglementations répondant à des considérations environnementales considérées comme des freins à la construction et aux grands travaux. Ou bien celui, annoncé la veille, d’un gel des embauches pour les fonctionnaires fédéraux, à l’exception des militaires. Ce dernier a été justifié par la Maison Blanche par une « hausse considérable » de leur nombre alors que leur part dans la population active est au contraire au plus bas selon les chiffres du Washington Post.

Premiers coups

Une partie des annonces relève de la mise en scène de la rupture. Tous les textes signés depuis le 20 janvier n’ont d’ailleurs pas le même statut. M. Trump a en effet paraphé des executive orders, numérotés comme des textes de loi et soumis à obligation de publication dans l’équivalent américain du Journal officiel. Il n’en va pas de même avec les presidential memoranda, également validés. Le Parti républicain avait beaucoup critiqué le recours de M. Obama aux premiers.

Le 23 janvier.
Le 23 janvier. EVAN VUCCI / AP

Appartient à cette première catégorie le texte visant l’extension de la protection sociale élargie mise en place par le précédent président, et dont elle avait pris le nom. Ce décret, qui demande aux agences fédérales de bloquer dans les faits l’Obamacare, ne peut suffire. Il faudra en effet un vote du Congrès pour supprimer cette loi adoptée en 2010 et que les républicains n’ont cessé de combattre.

Le Sénat et la Chambre des représentants ont déjà porté un premier coup contre le dispositif en janvier, sans présenter de dispositif alternatif. Or, M. Trump a promis que cette loi serait « annulée et remplacée », ce qui suppose de parvenir à un compromis avec les démocrates, alors qu’environ vingt millions de personnes sont concernées. Il a même évoqué une couverture universelle, ajoutant à la complexité.

Les mémorandums relançant la construction des deux oléoducs controversés, Keystone XL et Dakota Access, ont été assortis de conditions par M. Trump. Le président a en effet indiqué à propos du premier qu’il entendait ouvrir une négociation avec le maître d’œuvre, la société TransCanada, pour obtenir de meilleures retombées financières pour les Etats-Unis. Cette dernière a indiqué qu’elle allait faire une nouvelle proposition.

Absences de taille

M. Trump a également précisé que du matériel américain devrait être privilégié. Le président, qui s’efforce de dépeindre les Etats-Unis comme victimes de leur ouverture au monde, s’est bien gardé de rappeler que le buy american appartient à la tradition réglementaire du pays. Le dernier plan de relance de M. Obama adopté en 2009 comportait d’ailleurs des dispositions en ce sens.

Des gestes comparables sont attendus mercredi et jeudi au chapitre de l’immigration : restriction de l’accueil des réfugiés, sanction des villes « sanctuaires » (qui ne collaborent pas avec les services fédéraux de lutte contre l’immigration clandestine). Compte tenu de la complexité du projet principal de M. Trump, la construction d’un « mur » sur la frontière avec le Mexique qu’il se fait fort de faire financer par le pays voisin, l’effet d’annonce devrait être une nouvelle fois privilégié sur les détails concrets.

 

Le 24 janvier.

Le 24 janvier. KEVIN LAMARQUE / REUTERS

Mardi, après avoir signé ses décrets du jour, M. Trump est également allé au-devant des attentes républicaines et conservatrices en indiquant qu’il annoncerait la semaine prochaine le nom de la personne qu’il entend nommer comme juge à la Cour suprême pour remplacer le conservateur Antonin Scalia. Ce dernier, décédé en février, était une figure de l’école « originaliste » – qui défend un respect de la Constitution telle qu’elle a été écrite à l’origine. Il lui faut à la fois satisfaire son camp sur des questions telles que l’avortement et le contrôle des armes à feu, tout en permettant la neutralité ou le soutien d’une partie au moins des élus démocrates, du fait d’une trop courte majorité républicaine.

Ces annonces comportent pour l’instant des absences de taille : l’accord de Paris concernant la lutte contre le réchauffement climatique, et celui relatif au nucléaire iranien. Leur dénonciation avait garanti au candidat des succès lors de ses meetings. Le président ne les a pas évoqués jusqu’à présent, alors qu’ils ont été plutôt défendus par les responsables de l’administration, qui en auront la charge.