Donald Trump isolé face au Conseil de sécurité des Nations unies (Marc Semo – Le Monde)

Le président américain a dû faire face, mercredi, à un front uni entre l’Europe, la Russie, et la Chine, toutes déterminées à défendre l’accord de 2015 avec l’Iran.

Un président des Etats-Unis animant une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies (ONU), c’est exceptionnel : la dernière occurrence en date remonte à 2014, avec Barack Obama sur le thème de la lutte contre la drogue.

Les règles du protocole sont en outre très strictes et le 45e locataire de la Maison Blanche, qui n’a jamais épargné ses critiques enflammées à l’ONU, savait que chacun de ses gestes et chacune de ses paroles seraient scrutés à la loupe. Il n’a finalement pas pu s’empêcher de commettre un nouveau dérapage verbal.

Ouvrant, mercredi 26 septembre, la rencontre au sommet consacrée à la bataille contre la prolifération des armes chimiques et nucléaires, Donald Trump a lancé une attaque très dure contre Pékin.

« Malheureusement, nous avons découvert que la Chine essaye d’interférer dans les élections de novembre 2018 contre mon administration. Ils ne veulent pas que je gagne, ou que nous gagnions, parce que je suis le premier président à défier la Chine sur les échanges », a-t-il lancé. Il évoquait apparemment des mesures commerciales de rétorsion visant des productions agricoles d’Etats américains à majorité républicaine.

Le chef de la diplomatie chinoise, Wang Yi, lui répondait peu après sur ton sec que « la Chine a toujours respecté le principe de non-ingérence dans les affaires internes d’un pays » et, rejetant ces accusations, il a demandé« aux autres pays de respecter la Charte des Nations unies et de ne pas s’ingérer dans les affaires internes de la Chine ».

Nouvelle charge contre Téhéran

Tout avait pourtant bien commencé. Donald Trump était arrivé juste après 10 heures dans la salle du Conseil et s’était assis, comme il était prévu pour le pays présidant la réunion, au centre de la table en fer à cheval. Le dirigeant des Etats-Unis ne voulait pas manquer cette tribune afin de revenir, une nouvelle fois, à la charge contre Téhéran, au lendemain de l’échange musclé à la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU avec son homologue iranien Hassan Rohani.

A l’origine, le dossier iranien devait même être le seul thème à l’ordre du jour de la réunion, mais celle-ci aurait encore un peu plus marqué l’isolement de Washington. D’où le choix d’évoquer la lutte contre la prolifération de manière plus générale, à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination totale des armes nucléaires.

« Un régime avec de tels antécédents que le régime iranien ne doit jamais avoir le droit de se doter de l’arme nucléaire », a donc martelé Donald Trump, dénonçant à nouveau « l’horrible et déséquilibré accord [de juillet 2015] qui permet à l’Iran de continuer son objectif de fabrication de la bombe, qui lui permet de continuer à fomenter le chaos et à construire des missiles ».

Mesures punitives

Le président des Etats-Unis – Washington s’est retiré en mai de ce texte –, a promis que les sanctions rétablies par son administration seraient « pleinement » en vigueur début novembre. Et elles seront suivies par de nouvelles mesures punitives « plus dures que jamais, pour contrer l’ensemble du comportement malveillant de l’Iran », accusé de déstabiliser le Moyen-Orient. Menaçant, il a affirmé que tous les pays qui continueront à commercer avec ou à investir dans la République islamique malgré les sanctions « auront à subir des très lourdes conséquences ».

Il a aussi profité de cette tribune pour accuser l’Iran, mais également la Russie, d’avoir permis une « boucherie » en Syrie en soutenant le régime de Bachar Al-Assad.

Jamais il n’a été aussi dur sur le fond, même si le ton était un peu moins virulent que la veille devant l’Assemblée générale. Et jamais son isolement sur le dossier iranien n’a été aussi manifeste que lors de cette réunion.

Les représentants européens, à commencer par le président français Emmanuel Macron, mais aussi la Russie et la Chine, ont fait bloc pour défendre l’accord. Si on ne sauve pas le pacte de 2015, « nous pourrions être confrontés à une montée des tensions dans l’ensemble du Moyen-Orient », a averti le ministre russe des affaires étrangères Sergueï Lavrov. « L’accord avait été obtenu de haute lutte », a renchéri son homologue chinois Wang Yi.

Retrait d’oreillette

Les alliés traditionnels des Etats-unis n’ont pas été en reste. Ce texte « demeure le meilleur moyen d’empêcher l’Iran de développer une arme nucléaire », a souligné la première ministre britannique, Theresa May.

Emmanuel Macron, qui prône le dialogue avec Téhéran a, lui, estimé que la crise iranienne ne pouvait se réduire à une « politique de sanctions ». Mais il a aussi reconnu que les signataires de l’accord de juillet 2015 avec Téhéran partageaient le même but : « Empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire et garantir par des contrôles internationaux la finalité pacifique de ce programme. » Plus mesuré dans ses critiques à l’égard de Donald Trump, il a rappelé la nécessité de « nouvelles négociations sur l’encadrement du nucléaire iranien au-delà de 2025-2030 », sur les missiles balistiques de Téhéran et « sur la stabilité régionale ».