Donald Trump change de ton sur la Syrie, sans revenir sur le retrait des troupes américaines (Gilles Paris – Le Monde)

Le président américain a décidé de prendre des sanctions, surtout symboliques, contre plusieurs ministres d’Ankara et le rétablissement de taxes sur l’acier turc.

Les Etats-Unis ont tenté de sortir de leur état de sidération sur le dossier syrien, lundi 14 octobre. Une semaine après avoir pris acte de la volonté de la Turquie de s’attaquer aux alliés kurdes de Washington dans le nord-est de la Syrie, retirant en conséquence les forces spéciales américaines déployées à la frontière, Donald Trump a changé de ton au cours d’une nouvelle conversation téléphonique avec son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan.

Selon le vice-président des Etats-Unis, Mike Pence, qui va se rendre très prochainement à Ankara avec le conseiller à la sécurité nationale Robert O’Brien, Donald Trump a « très clairement indiqué » que Washington « souhaite que la Turquie mette un terme à l’invasion, mette en œuvre un cessez-le-feu immédiat et entame des négociations avec les forces kurdes en Syrie afin de mettre fin à la violence ».

Une fermeté tardive, les Etats-Unis s’étant dans un premier temps contentés de juger que cette offensive était « une mauvaise idée », alors que Donald Trump a répété sur Twitter, lundi encore, sa volonté de se désengager de la région. « Quiconque veut aider la Syrie à protéger les Kurdes me convient bien, que ce soit la Russie, la Chine ou Napoléon Bonaparte. J’espère qu’ils vont tous très bien, nous sommes à 7 000 miles ! », a écrit le président des Etats-Unis avec désinvolture. Il n’a pas caché son désir de se concentrer sur une autre frontière, celle qui sépare son pays du Mexique.

Des sanctions surtout symboliques

« Pendant des années, les Etats-Unis et nos partenaires kurdes syriens se sont battus héroïquement pour piéger l’organisation Etat islamique [EI] et détruire son califat », a déploré, lundi, le chef de la majorité républicaine du Sénat, Mitch McConnell. « Abandonner cette lutte maintenant et retirer les forces américaines de la Syrie recréeraient les conditions » d’une résurgence djihadiste, s’est-il inquiété.

Sans doute pour tenir compte du mécontentement que sa gestion de l’offensive turque a provoqué dans les rangs républicains, Donald Trump a signé un décret exécutif imposant des sanctions surtout symboliques contre les ministres de l’énergie, de la défense et de l’intérieur de Turquie. Leurs éventuels avoirs aux Etats-Unis sont gelés et leurs transactions internationales en dollars sont bloquées.

De même, des taxes visant l’acier produit en Turquie ont été rétablies. Washington a enfin gelé des négociations en vue d’un accord commercial. Le secrétaire américain à la défense, Mark Esper, doit par ailleurs se rendre à Bruxelles pour inviter les autres membres de l’OTAN, dont est membre Ankara, « à prendre des mesures diplomatiques et économiques collectives et individuelles en réponse à ces odieux actes turcs ».

« Une montée du chaos »

« Je suis tout à fait prêt à détruire rapidement l’économie turque si les dirigeants turcs continuent sur cette voie dangereuse et destructrice », a assuré le président des Etats-Unis. Il n’a pas convaincu les démocrates. « Le président Trump a déclenché une montée du chaos et de l’insécurité en Syrie. Son annonce d’un ensemble de sanctions contre la Turquie n’est vraiment pas suffisante pour renverser ce désastre humanitaire », a jugé dans un communiqué la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi.

La détermination apparente du président a été, il est vrai, contredite par la poursuite du retrait des soldats américains bousculés par leurs alliés turcs. « Je retire les derniers membres des forces armées américaines du nord-est de la Syrie », a confirmé Donald Trump, alors qu’un haut responsable de son administration avait assuré, il y a tout juste une semaine, que ce moment n’était pas venu.

Le président a ajouté que « les troupes évacuées de Syrie se redéploieront et resteront dans la région pour surveiller la situation et empêcher une répétition de 2014 ». A savoir la résurgence d’un mouvement djihadiste qui avait contraint Washington à mettre sur pied une coalition internationale. Aujourd’hui totalement prise de court par les derniers événements.

Leur enchaînement, dévastateur pour le crédit des Etats-Unis, rend totalement illusoire cette tentative de revenir à la situation qui prévalait avant l’échange téléphonique du 6 octobre entre Donald Trump et Recep Tayyip Erdogan. Le vide laissé par les forces spéciales américaines a en effet été immédiatement mis à profit. A la fois par les troupes turques et par les forces du régime de Bachar Al-Assad, vers lequel les Kurdes syriens se sont tournés en désespoir de cause.