Donald Trump à l’épreuve du multilatéralisme

Le Monde – Par Gilles Paris


Le président américain embarque vendredi pour un voyage qui le conduira en Arabie saoudite, en Israël, au Vatican, à Bruxelles pour une réunion de l’OTAN, puis en Sicile, où se tiendra un sommet du G7.

Donald Trump devrait quitter Washington, vendredi 19 mai, pour un premier voyage à l’étranger qui le conduira successivement en Arabie saoudite, en Israël, au Vatican, à Bruxelles pour une réunion de l’OTAN, puis en Sicile, où se tiendra un sommet du G7.

Ce long voyage va donner l’occasion au président des Etats-Unis d’échapper une semaine durant aux turbulences de la capitale fédérale. Après une série de révélations de la presse à propos de l’hypothèse d’un partage d’informations classifiées avec une délégation russe, puis d’une éventuelle entrave à la justice, les principales places boursières ont accusé le coup, mercredi et jeudi.

Le voyage, qui sera l’occasion d’une première prise de contact entre M. Trump et le nouveau président français, Emmanuel Macron, lors d’un déjeuner prévu à Bruxelles le 25 mai, n’est cependant pas sans défis ni risques pour le président des Etats-Unis.

Mobiliser contre l’organisation Etat islamique

Lors de la première étape à Riyad, M. Trump a prévu de prononcer un discours consacré à l’islam. Insistant sur le fait que l’Arabie saoudite abrite les lieux saints de cette religion, un haut conseiller de la présidence s’exprimant sous couvert d’anonymat l’a présenté, mercredi, comme radicalement différent de celui de Barack Obama au Caire, en 2009, considéré comme un discours d’« excuses » de la part des Etats-Unis. Il vise, selon ce conseiller, à rappeler l’objectif commun de lutte contre le radicalisme religieux.

M. Trump sait qu’il pourra compter sur l’accueil favorable des dirigeants sunnites de la péninsule Arabique, séduits par son discours intransigeant sur l’Iran.

Alors qu’il entend mobiliser le plus de pays possible dans la lutte contre l’organisation Etat islamique (EI), il aura cependant fort à faire pour convaincre les opinions publiques qui n’ont pas oublié ses prises de position hostiles aux musulmans pendant la campagne électorale américaine. Elles s’étaient traduites, après son élection, par des décrets anti-immigration ciblant des pays où l’islam est la religion majoritaire ; ces décrets sont pour l’instant bloqués par la justice américaine.

A Jérusalem, puis à Ramallah, le président des Etats-Unis peut également s’attendre à des réceptions chaleureuses. Dans le premier cas, parce qu’il succède à M. Obama, qui entretenait les pires relations avec le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou. Dans le second, parce que l’enthousiasme du néophyte qu’il manifeste à propos d’un hypothétique règlement du conflit israélo-palestinien constitue une surprise agréable pour une Autorité palestinienne qui s’attendait à un alignement américain sans nuances sur les positions israéliennes.

Interrogations sur l’OTAN

Les échecs répétés essuyés sur ce dossier par ses prédécesseurs, démocrates comme républicains, font douter des experts reconnus comme Dennis Ross, du Washington Institute for Near East Policy, d’une possibilité de percée diplomatique. La Maison Blanche se garde bien d’ailleurs d’avancer le moindre objectif, même si elle sait que la phase d’écoute des protagonistes à laquelle elle s’astreint ne pourra pas durer très longtemps.

L’étape de Rome devrait permettre à M. Trump de vider la querelle nourrie avec le pape François pendant la campagne électorale américaine sur la question des migrants et son projet de construction d’un « mur » sur la frontière avec le Mexique.

Le président entrera ensuite dans le vif du sujet avec l’OTAN et le G7 : l’articulation de son slogan d’« America First » avec la présence des Etats-Unis dans des alliances et des institutions internationales.

Pour Charles Kupchan, ancien conseiller spécial de Barack Obama pour les affaires européennes, aujourd’hui au Council on Foreign Relations, un think tank, Donald Trump va devoir montrer à Bruxelles « s’il est prêt à investir dans la relation avec les partenaires de l’OTAN autant que tous les présidents américains depuis Pearl Harbor ». « Il a d’abord dit que non, puis peut-être », estime-t-il.

Mercredi, le haut conseiller de la présidence a alimenté les interrogations plus qu’il ne les a dissipées. « Il voudrait rester dans l’OTAN, mais il ne le fera pas si l’Alliance ne fait pas plus de progrès plus vite, a-t-il estimé. Il n’a aucune patience pour les soutiens de façade. » 

Incertitudes sur l’accord de Paris

La Maison Blanche a souhaité nuancer un peu plus tard cette déclaration en assurant que Donald Trump est, « pour l’instant », « satisfait de ce qu’il voit », notamment au sujet des engagements pris pour atteindre les objectifs fixés en termes de financement par les Etats membres.

Les mêmes interrogations pèsent sur le rapport au multilatéralisme de Donald Trump, qui a souvent laissé entendre qu’il serait une atteinte à la souveraineté des Etats-Unis, sans pour autant formuler une doctrine charpentée. « Nous savons ce qu’il a dit à ce sujet, notamment à propos des accords commerciaux », estime Charles Kupchan, qui s’interroge sur la capacité de M. Trump à prendre part à un processus collégial de quête de consensus, alors qu’il privilégie les relations bilatérales dans lesquelles l’effet de levier de la première puissance mondiale est maximisé.

Mercredi, le haut conseiller de la présidence s’est gardé de s’exprimer sur les vertus du multilatéralisme, préférant souligner le « pragmatisme » qui tiendrait lieu de boussole au chef de l’Etat. Cette incertitude ne peut pas mieux être résumée que par la question du maintien, ou non, des Etats-Unis dans l’accord de Paris contre le réchauffement climatique. Un sujet abordé avec insistance par M. Macron lors de sa première conversation téléphonique avec M. Trump, présentée de part et d’autre comme réussie.

Cette conversation, le 8 mai, a coïncidé avec la décision de l’administration américaine de reporter l’annonce de sa décision après le sommet du G7, où les avocats de l’accord de Paris seront nombreux.

« Le président pense que ce n’est pas un bon deal pour l’emploi américain et que cela ne fait pas beaucoup pour l’environnement, a estimé, mercredi le haut conseiller. Mais s’il est possible de modifier des choses, il se peut qu’il choisisse de rester. L’analyse juridique en vigueur est que le traité n’est pas contraignant et qu’il offre de la flexibilité, c’est une bonne chose. » Le même interlocuteur a vanté « la capacité d’écoute » du président. Elle sera mise à l’épreuve tout au long de ce premier voyage.