Djihadistes: Paris face à l’urgence en Syrie (Georges Malbrunot – Le Figaro)

Un émissaire d’Emmanuel Macron est allé à Bagdad pour évoquer le transfert des Français du Nord-Est syrien.

L’option du transfert vers l’Irak des djihadistes français détenus au nord-est de la Syrie refait surface. En plein lâchage par les États-Unis de nos alliés kurdes qui gardent des djihadistes étrangers dans le nord-est de la Syrie, un conseiller d’Emmanuel Macron s’est rendu durant le week-end à Bagdad.

«Ce collaborateur est allé discuter avec les autorités irakiennes de la question du transfert des djihadistes français vers l’Irak et de la façon dont les forces spéciales françaises pouvaient se replier chez nous», affirme au Figaro une source diplomatique à Bagdad.

Le départ précipité des soldats américains du Nord-Est syrien entraîne un retrait des 400 à 500 militaires français de cette région, où l’armée syrienne s’est déployée face aux forces turques et à leurs supplétifs syriens. Environ 12.000 djihadistes, dont 2500 à 3000 étrangers, sont détenus dans des prisons sous contrôle des Kurdes. Des camps de déplacés accueillent à peu près 12.000 étrangers, 8000 enfants et 4000 femmes.

Plusieurs dizaines de djihadistes français, dont plusieurs vétérans de «la guerre sainte», sont encore aux mains des Kurdes syriens. Le chaos qui règne dans les zones kurdes inquiète Paris. Les Kurdes, depuis une semaine, répètent que garder les étrangers n’est plus «une priorité».

Dans le tumulte du week-end, au moins trois Françaises qui étaient détenues par les Kurdes dans un camp abandonné par les Kurdes près de la ville d’Aïn Issa ont été «récupérées» par des djihadistes de Daech, a rapporté mardi l’AFP, citant leurs avocats. Paris s’alarme d’une dispersion de ses djihadistes. La visite de l’émissaire d’Emmanuel Macron à Bagdad prépare un déplacement du ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, dans la capitale irakienne, mais également auprès des Kurdes syriens. Les forces spéciales françaises déployées jusque-là dans le Nord-Est syrien devraient logiquement se replier en territoire irakien où la France compte une centaine d’hommes, «mais il faut voir dans quelles conditions», souligne le diplomate à Bagdad.

Coût financier

Pour éviter un éparpillement des djihadistes français, qui pourraient ensuite en profiter pour s’infiltrer en Turquie et revenir dans l’Hexagone, les options sont limitées. Paris redoute que les Kurdes ne soient contraints d’en céder au gouvernement syrien dans le cadre du rapprochement en cours entre le Rojava et Damas.

D’autres djihadistes transférés dans ses prisons représenteraient un atout que la Syrie ne manquerait pas d’utiliser pour exiger de Paris une réouverture de son ambassade à Damas, par exemple.

Plusieurs dizaines de Français ou de binationaux – franco-algériens, marocains ou tunisiens – seraient déjà emprisonnées chez Bachar el-Assad. D’autres djihadistes transférés dans ses prisons représenteraient un atout que la Syrie ne manquerait pas d’utiliser pour exiger de Paris une réouverture de son ambassade à Damas, par exemple. Reste donc l’option du transfert de ces encombrants détenus de l’autre côté de la frontière, vers l’Irak. Depuis un an, plusieurs dizaines de djihadistes français ont ainsi été récupérées à la frontière syro-irakienne par l’INIS, le service de renseignement irakien, en présence discrète d’agents français. Mais ces transferts se sont interrompus au cours de l’été, comme le révélait récemment Le Figaro.

L’INIS, qui coopère efficacement avec la DGSE, les services extérieurs français, n’y est pas hostile. Mais le gouvernement irakien estime que la garde de ces djihadistes a un coût financier, notamment. Avant la volte-face américaine du week-end dernier, de délicates négociations étaient engagées entre Bagdad et Paris, mais aussi les autres capitales européennes, ayant des djihadistes aux mains des Kurdes syriens. Paris est condamné à agir vite. À l’Élysée, un conseiller a répondu au Figaro «ne pas avoir eu connaissance» d’un tel déplacement.