Le délicat rapatriement de 36 Israéliens depuis le Maroc (Thierry Oberlé – Le Figaro)

Ces touristes et voyageurs binationaux ont regagné leur pays à bord d’un avion affrété par le milliardaire Sheldon Adelson.

Sur la vidéo publiée en exclusivité par le site du journal Israel Hayom, le groupe de rapatriés est accueilli sur le tarmac de l’aéroport de Tel-Aviv par le sémillant Boaz Bismuth, directeur de la rédaction du quotidien de droite, et par Nir Barkat, député du Likoud et ex-maire de Jérusalem. Une banderole rend hommage à Mohammed VI, le roi du Maroc, et une autre à Miriam et Sheldon Adelson, un couple de milliardaires américains, amis de Donald Trump et de Benyamin Nétanyahou.

Les trente-six Israéliens échoués au Maroc depuis le début de la crise du coronavirus ont débarqué dans leur pays grâce à l’avion privé – un Boeing 767 – de l’empereur de l’immobilier et des casinos américains, également propriétaire de Israel Hayom. Parmi les passagers se trouvaient de jeunes Israéliens en visite touristique, un Bédouin vivant à Jérusalem-Est et des hommes d’affaires israéliens et juifs ayant la double nationalité israélienne et marocaine.

Bloqués à Casablanca et à Marrakech depuis le 13 mars, ils ont pu quitter le royaume chérifien à l’occasion d’une opération confidentielle pilotée par le député Nik Barkat et rendue rocambolesque par l’absence de relations diplomatiques depuis vingt ans entre le Maroc et l’État hébreu. Différents canaux en partie occultes ont été explorés et des intermédiaires comme l’homme d’affaires israélo-marocain Ilan Khatuel ont conduit les discussions avec les responsables marocains.

Le processus était très compliqué à résoudre. Il était placé sous la responsabilité du Conseil de sécurité nationale dépendant du premier ministre et confié à des réseaux secrets

Nik Barkat

«Le processus était très compliqué à résoudre. Il était placé sous la responsabilité du Conseil de sécurité nationale dépendant du premier ministre et confié à des réseaux secrets. Il a fallu obtenir les permis de sortie du groupe puis trouver un moyen pour le ramener en Israël», a expliqué Nik Barkat. «Ce fut éprouvant, car il a fallu quatre tentatives pour les extraire. Nous avons essayé de passer par Casablanca, mais cela n’a pas marché, puis par Rabat», a indiqué, pour sa part, Joel Grundy, le pilote des Adelson. Un coup de pouce du Quai d’Orsay a finalement permis de démêler l’écheveau. Les Israéliens ont embarqué de Casablanca à bord d’un vol de rapatriement d’Air France à destination de Paris, où attendait sur une piste de Roissy, le gros-porteur américain.

Le mois dernier, la Radio de l’armée israélienne avait rapporté que le gouvernement marocain avait refusé d’approuver un projet de rapatriement israélo-émirati. Ces échecs s’étaient accompagnés d’une bourde du ministre des Affaires étrangères israélien Israel Katz. Les autorités marocaines avaient pris ombrage d’un de ses tweets dans lequel il disait, alors que la discrétion devait être de mise, être en contact avec la communauté juive au Maroc pour permettre le départ des citoyens binationaux.

La terre de leurs ancêtres

Souvent à court d’argent, les voyageurs israéliens ont été hébergés dans les maisons de membres de la communauté juive de Casablanca ou dans des chambres d’hôtels de Marrakech, payées par le gouvernement marocain. Le Maroc accueille chaque année de nombreux Israéliens en pèlerinage personnel sur la terre de leurs ancêtres ou venus pour des fêtes. Ils utilisent à leur entrée en Afrique du Nord leur second passeport américain, français ou autres. Le royaume, qui préconise le dialogue interreligieux, se veut un pays de tolérance et veille, avec la petite communauté juive marocaine, à l’entretien des synagogues et des cimetières.

Environ 2 000 Juifs vivent toujours au Maroc. Les résidents israélites ont été frappés de plein fouet par l’épidémie. Au moins douze décès ont été enregistrés alors que le nombre de personnes tuées par le virus est de 192. Un foyer d’infection s’était développé après un mariage rassemblant des locaux et des étrangers et les fêtes de Pourim, célébrées début mars, avant l’instauration de l’état d’urgence. Parmi les victimes figuraient des proches d’Amir Peretz, le chef du Parti travailliste et nouveau ministre de l’Économie.