Le défi sécuritaire d’Israël à la veille de la Pâque juive

La « Journée de la terre » palestinienne prévue ce vendredi ouvre une période de tension qui va mettre à l’épreuve la sécurité d’Israël. Elle coïncide également avec le début des fêtes de Pessah, la Pâque juive. Tsahal a déployé des renforts à la frontière et affirme se préparer à tous les scénarios, à commencer par une tentative des Gazaouis de forcer la barrière. Une centaine de tireurs d’élite ont été réquisitionnés, a prévenu le chef d’état-major Gadi Eisenkot au quotidien Yediot Aharonot, selon les extraits d’un entretien à paraître demain : « En cas de danger mortel (contre les soldats à la frontière), on a l’autorisation de tirer. Nous ne permettrons pas qu’on s’infiltre en masse en Israël, ni qu’on endommage la barrière, et certainement pas qu’on arrive jusqu’aux communautés » israéliennes riveraines de Gaza, déclare-t-il.

La « marche du retour » palestinienne, au nom du « droit au retour des réfugiés », est censée durer plus de six semaines. Les Palestiniens prévoient de construire une ville en tentes à la barrière de sécurité avec Gaza et ils ont appelé des dizaines de milliers d’habitants de l’enclave côtière à participer à ce qu’ils ont qualifié de « mouvement pacifique de protestation ». Des milliers, voire des dizaines de milliers de Gazaouis sont attendus au cours de ce mois et demi qui devrait culminer le 15 mai avec une marche vers la barrière. Officiellement, la protestation est organisée par la société civile. Mais, pour Israël, il ne fait aucun doute que le Hamas avec d’autres groupes alliés est derrière la contestation. Le Hamas a assuré qu’il veillerait à ce que les participants ne s’exposent pas en approchant de trop près les positions israéliennes. Cependant, les incidents récents, comme des tirs en provenance de la bande de Gaza, l’explosion d’engins piégés provoquant une riposte israélienne et des incursions de Palestiniens en territoire israélien, font monter la pression.

Pour Gadi Eizenkot, il existe une combinaison de facteurs qui forment une « réalité très compliquée » sur le front avec Gaza : « la journée de la Terre, la journée de la Nakba, les fêtes de notre journée de l’Indépendance, la relocalisation de l’ambassade américaine à Jérusalem, la fin proche de l’ère du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, l’accord de réconciliation [intra-Palestinien] dans l’impasse et le fait que le Hamas traverse une crise grave ». Il estime que compte tenu du contexte régional, la menace d’une guerre impliquant son pays est plus forte cette année qu’elle ne l’a jamais été depuis qu’il a pris ses fonctions en 2015. Et si la menace du Hezbollah à la frontière nord est de plus en plus inquiétante, le front palestinien préoccupe tout autant les autorités israéliennes.

Docteur en science politique, spécialiste du Proche-Orient et des questions de Défense, Sarah Perez est chercheur et consultante risque-pays. Elle est l'auteur de Iran-Israël: une guerre technologique, Les coulisses d'un conflit invisible.