Daniel Shapiro : « Je ne crois pas que Donald Trump va enterrer la solution des deux États »

Par le Figaro – Cyrille Louis


Daniel Shapiro fut, durant près de six ans, l’ambassadeur des États-Unis en Israël. Libéré de son devoir de réserve depuis qu’il a quitté ses fonctions, il y a environ trois semaines, il analyse les premiers pas du nouveau président américain sur le dossier israélo-palestinien.

LE FIGARO.- Lors de sa rencontre avec Benyamin Nétanyahou, Donald Trump a semblé rompre avec la ligne des Administrations précédentes en indiquant que la solution dite des deux États n’est, à ses yeux, qu’une option parmi d’autres. S’apprête-t-il à l’enterrer définitivement?

Daniel SHAPIRO.- Je n’y crois pas vraiment. Le président n’a pas écarté la solution des deux États mais il a estimé qu’il s’agit d’une des options disponibles pourvu que les parties soient disposées à la saisir. Je pense qu’il s’est exprimé de la sorte pour donner un peu d’oxygène au premier ministre Benyamin Nétanyahou, et l’aider ainsi à gérer la pression exercée par l’aile droite de son gouvernement. Certaines déclarations faites par le candidat et son entourage durant la campagne ont pu laisser espérer à une partie de la droite israélienne que la politique américaine sur ce dossier allait être totalement remise à plat, et que Donald Trump avait l’intention de leur donner carte blanche sur la colonisation. Ils appellent depuis lors le premier ministre à refuser la création d’un État palestinien. Mais je pense que les émissaires du président, dès qu’ils arriveront dans la région pour parler aux Israéliens, aux Palestiniens et aux dirigeants arabes, vont réaliser que la seule façon de mettre un terme à ce conflit est, en réalité, la solution des deux États.

Est-ce pour cette raison que Donald Trump a demandé à Benyamin Nétanyahou de «lever le pied» sur la colonisation?

Le président, depuis son entrée en fonction, a indiqué à quatre reprises qu’il accorde une grande importance à la recherche de la paix au Moyen-Orient. Il a aussi souligné que l’expansion des colonies en Cisjordanie complique cet effort. Mercredi soir, il a fait un pas supplémentaire en invitant directement le premier ministre israélien à prendre des mesures pour limiter leur développement. Cela ne veut pas dire que la Maison-Blanche va s’opposer à toute construction au-delà de la «ligne verte» mais qu’il juge le sujet suffisamment important pour chercher à peser sur le terrain. Cette approche se situe dans la continuité de la politique traditionnelle des États-Unis. La tonalité de sa conférence de presse avec Benyamin Nétanyahou donne d’ailleurs le sentiment que les deux hommes ne sont pas, à cet égard, exactement sur la même ligne.

Le président américain mesure-t-il la fragilité de l’Autorité palestinienne, dont la survie même pourrait, à terme, être menacée si l’horizon des deux États disparaît?

Je ne suis pas certain que la nouvelle Administration ait jusqu’à présent noué des contacts très étroits avec les Palestiniens mais il est essentiel qu’un dialogue de haut niveau s’engage dès que possible. La récente visite du directeur de la CIA à Ramallah semble aller dans ce sens. La nouvelle Administration ne va pas tarder à découvrir qu’Israël juge dans ses intérêts de pouvoir compter sur une Autorité palestinienne viable, en bonne santé et prête à poursuivre une étroite coordination sécuritaire – quelle que soient par ailleurs l’étendue de leurs désaccords politiques. De ce point de vue aussi, je m’attends donc à ce que la Maison-Blanche renoue avec ce qu’a été la ligne des précédentes Administrations. La nécessité d’aboutir à une paix durable comme de garantir la sécurité d’Israël transcende les clivages partisans et correspond à l’intérêt profond des États-Unis.